lundi 5 février 2007

C'est la faute à qui....

Cet extrait (qui suit directement le précédent) est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979). J’avoue qu’il ma tiré quelques larmes et un bon rire.

D’une certaine façon, je blâme les experts pour le pétrin dans lequel les parents se trouvent de nos jours. Ils nous ont accablés d’une tonne de culpabilité, tant et si bien qu’on remet maintenant en question chaque chose qu’on fait.

J’ai lu la théorie d’un psychologue qui disait : « Ne jamais frapper un enfant sous le coup de la colère. » Quand est-ce que je peux le frapper alors? Quand il m’embrasse le jour de mon anniversaire? Quand il est en train de récupérer de la varicelle? Est-ce que je frappe pour lui faire lâcher la Bible des mains le dimanche?

Un autre expert a dit : « Faites attention à la façon dont vous discipliner vos enfants sinon vous pourriez marquer à vie leur ego. »

Marquer leur ego? Je ne savais même pas où il était. Pour autant que je sache, il vous rendait stérile ou causait les pellicules. Une fois, j’ai soupçonné savoir où il était et j’ai fait porter quatre couches à l’enfant, juste pour être sûre.

Et oubliez la fameuse théorie des « copains » qui marchait si bien pour nos parents. Mon fils s’est affalé dans la cuisine un soir, balançant ses livres sur le comptoir en disant : « Je viens juste d’avoir la pire journée de toute ma vie et c’est entièrement de ta faute.

- Comment t’en arrives à cette conclusion? demandai-je.

- Juste parce que tu m’as obligé à retourner dans ma chambre pour éteindre toutes les lumières avant que je ne parte pour l’école, j’ai manqué l’autobus. Ensuite, avec tous tes commentaires pour que je fasse le ménage de ma chambre, je n’ai pas réussi à trouver mon linge de sport et j’ai perdu quinze points en éducation physique.

- Le linge était plié dans ton tiroir du bas.

- Ouais, ben quel débile aurait pensé à regarder là?

- Tu marques un point.

- J’espère que t’es contente » marmonna-t-il « j’ai échoué en français.

- J’ai fait ça?

- Tout à fait. Je t’ai dit que j’avais un devoir dû pour aujourd’hui avant le dîner et tu m’as obligé à éteindre les lumières hier soir et t’as pas voulu que je le fasse.

- Il était 1h30 du matin.

- Laisse faire. C’est fait maintenant. As-tu eu un bon dîner? J’espère parce que moi, grâce à toi, je n’ai rien eu à manger.

- Et comment est-ce que ÇA c’est de ma faute?

-C’est toi qui n’a pas voulu m’avancer mon argent de poche de la semaine prochaine. Et encore une bonne nouvelle : tu sais la veste en suède que tu m’as donnée pour mon dernier anniversaire? Eh bien, je ne l’ai plus.

- Et c’est moi qu’il faut blâmer pour ça?

- Je suis content que tu l’admettes. Tout ce que j’entends ici c’est « Accroche ton manteau sur un cintre, n’oublie pas de pendre ton pyjama, pend ton chandail… » et LA fois où je fais ce que tu dis et que j’accroche ma veste au crochet dans la cafétéria, quelqu’un passe et la déchire. Si je l’avais juste laissée à terre à mes pieds comme d’habitude, j’aurais encore cette veste de suède aujourd’hui.

- Ça a été toute une journée.

- Et c’est pas fini, dit-il. Est-ce que tu n’as pas oublié quelque chose?

- Comme quoi? Demandai-je.

- Comme, est-ce que tu n’étais pas supposée me rappeler que j’avais une pratique de base-ball après l’école ?

- J’ai mis une note sur ton bureau.

- Et dans tout ce fouillis je suis sensé trouver une note! Ça te servirait de leçon si je me faisais renvoyer de l’équipe. Et ça se pourrait que je fasse juste ça. J’te jure, je parlais avec les gars et on se disait que les parents peuvent vraiment bousiller leurs enfants. »

J’ai souri. « On essaie. »

En analysant le problème du fait d’être parents et d’essayer de comprendre les enfants, il semble inévitable que ce pays en vienne à l’établissement d’un Parc d’Échange Parental.

Je n’ai jamais rencontré d’enfant qui n’avait pas l’impression qu’il était dénigré, harcelé et exploité et qu’il serait bien mieux avec Mme Jones comme mère car elle aime le désordre et mange à l’extérieur fréquemment.

D’un autre côté, je n’ai jamais rencontré un parent qui n’avait pas l’impression de ne pas être apprécié, d’être persécuté, asservi et qu’il serait bien mieux avec Rodney Phipps comme enfant car il ne parlait pas la bouche pleine et achetait un séchoir à cheveux à sa mère pour la Fête des Mères.

Ce que j’envisage, c’est un genre de stationnement de centre d’achat qui serait disponible tous les samedis après-midi, où les parents et leurs enfants pourraient aller voir, comparer et éventuellement échanger leur famille s’ils pensent pouvoir faire mieux.

Quand j’ai mentionné l’idée à mon club de carte, elles étaient toutes tremblantes d’excitation. « J’ai toujours voulu échanger pour un enfant qui ramasserait les serviettes sur le plancher » dit Peg.

- J’en ai une comme ça, dit Dorothée. Mais elle bourre les drains. Si ça ne rentre pas dans le drain, elle enlève la grille et le pousse dedans.

- Ça ne sembla pas si pire, dit Evelyn. Je prendrais une bourreuse de drain plutôt qu’une maniaque de la douche n’importe quand. Elle vide un réservoir de quarante gallons trois fois par jour.

- Au moins elle est propre, dit June. J’échangerais un cheveux-longs qui est une espèce en voie de disparition. Un jour, il va se perdre dans ses cheveux et ne retrouvera jamais son chemin pour en sortir.

- ÉCOUTE, dit Peg. Je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser. J’offre mon jeteur de serviettes contre un garçon qui n’a jamais appris à utiliser le téléphone et j’ajoute un trois semaines de caleçons propres en plus.

- Je monte l’enchère, dis-je. J’échangerais un garçon tranquille qui n’est jamais en retard pour souper, qui se lève quand on l’appelle, qui s’assoit bien droit, qui vient juste de finir deux ans d’orthodontie, est raisonnablement facile à opérer et ne fait pas jouer sa musique trop fort. Aucune offre ne sera considérée ridicule. »

Tout le club a posé ses cartes sur la table et s’est penché en avant. Finalement, June a demandé : « C’est quoi le piège?

- Aucun piège. Il ne connaît que deux mots… « T’sé? » »

Chacune est repartie chez soi en gardant ce qu’elle avait et se sentant un peu mieux avec.

Quand est-ce qu’on cesse d’être parent?

Ça dépend de comment on voit nos enfants. Les voyez-vous comme un électroménager qui est sous garantie de performance et quand ils commencent à coûter de l’argent, on s’en débarrasse?

Sont-ils comme un fond de retraite dans lequel on investit pendant dix-huit ou vingt ans et qui nous rapporte des dividendes quand on vieillit?

Ou sont-ils comme un miroir doré qui reflète sons propriétaire dans chaque détail et qui un jour, quand on y voit un défaut, une distorsion ou une toute petite idée qui est différente de la nôtre, on le jette en disant qu’on a échoué.

J’ai dit à mon mari un soir : « Je vois nos enfants comme des cerfs-volants. Tu passes ta vie à essayer de leur faire quitte le sol. Tu cours avec jusqu’à ce que vous soyez tous les deux essoufflés… ils dégringolent… tu rajoutes une plus grande queue… ils atterrissent sur le toit… tu les extirpes de la gouttière… tu rafistoles et réconfortes, ajustes et enseignes. Tu les regardes être soulevés par le vent et tu leur assures qu’un jour ils voleront…Finalement, ils sont dans les airs; mais ils ont besoin de plus de corde et avec chaque tour de pelote, il y a une tristesse qui va avec la joie parce que le cerf-volant s’éloigne un peu plus et quelque part, tu sais que ce ne sera pas long avant que cette merveilleuse créature ne brise le cordon qui vous rattache et s’envole comme il a toujours été destiné à s’envoler – libre et seul.

- C’était très beau, dit mon mari. As-tu terminé?

- Je pense, oui. Pourquoi?

- Parce qu’un de tes cerfs-volants vient juste de s’écraser contre la porte du garage avec sa voiture… un autre est en train d’atterrir accompagné de trois planches de surf avec des amis attachés dessus et le troisième est accroché au collège et a besoin de plus de corde pour venir à la maison pour les Fêtes. »

1 commentaire:

José a dit...

Finalement, on a un pas si pire cerf-volant...