Après une brève réflexion sur les dortoirs mixtes, cet extrait aborde le départ des enfants du nid familial. Tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
Il n’existe pas une mère vivante qui n’ait pas vécu la terreur et l’angoisse du « Syndrome du nid vide »
Ça a été long à démarrer. Premièrement, il a fallu faire lever l’enfant de son lit et le faire entrer dans un champ de travail.
Pour des enfants qui sont les plus éduqués, cultivés, informés du monde, leur attitude vis-à-vis le travail est incroyable. Mis à part le rameur sur une galère d’esclaves dont le capitaine veut faire du ski nautique, la personne la plus à plaindre sur la surface de la terre est l’adolescent qui vient juste d’obtenir son premier emploi à plein temps.
Personne ne souffre plus que lui ni n’est moins apprécié.
Mon fils se considère comme « un sacrifice humain sur l’autel de l’Église du Conformisme »Il avait bien quinze ans avant qu’on ne puisse employer le mot « emploi » devant lui. Ce terme lui donnait de l’urticaire et il préférait qu’on l’épelle. La manière dont il nous l’a expliqué, la veille de son mariage à un chèque de paie, « C’est un exercice de persécution collective, n’est-ce pas? Vous êtes tous passés par-là et maintenant, pour devenir adulte, il faut que je prouve que je peux supporter le supplice du 9-à-5, c’est ça? Ok, vous avez gagné. S’il faut que je prouve que je suis mature, je l’aurai le foutu e-m-p-l-o-i… eeemmmm… eeemmmppp… empppllloi! »
Peut-être que plusieurs d’entre vous connaissent mon fils… ou au moins en ont déjà entendu parler.
C’est le seul employé qui doit travailler toute la journée et ensuite rentrer à la maison et se nourrir.
C’est le seul adolescent dévoué d’Amérique du Nord qui travaille quand sa « gang » va faire du rafting sur la rivière un mercredi après-midi.
C’est la première personne qui ait jamais eu la moitié de son chèque de paie retenu pour des services qu’il n’a jamais demandés (impôts, assurance-maladie, pension de vieillesse, etc.). Comme il le dit : « Quelqu’un va en entendre parler. »
Il se tient isolé comme le seul travailleur à être dominé par un patron sénile (trente-cinq ans) qui s’adonne à de la torture professionnelle en insistant qu’il arrive à l’heure le matin et après le dîner.
Il est le seul employé à plein temps du pays qui n’ait pas gagné le respect de sa famille et de son entourage pour sa contribution au travail.
Samedi dernier, je lui ai tapé sur l’épaule : « Hé, Georges Vilain! Saute du lit. C’est déjà l’aube de midi. »
Mon fils s’est retourné. « Je ne peux pas croire que ça arrive à une personne qui travaille » dit-il. « Toute la semaine, je travaille cinq jours/semaine, huit heures par jour et qu’est-ce que j’ai en retour? »
« Tu as tous tes repas servis comme un pacha, le ménage dans ta chambre, ton linge lavé et repassé et une vieille servante de la famille… moi! »
Quelque chose me dit que j’aurai le premier enfant à prendre sa retraite trois ans avant qu’il n’ait quelque chose de quoi se retirer.
Une fois que l’emploi est atteint par contre, vous êtes pour la première fois de votre vie….. seule enfin. La structure familiale telle que vous la connaissiez ne sera plus jamais la même.
Vous êtes passée à travers les dents branlantes, les vélos volés, l’enseignement d’équipe, les lits à étages, les pratiques de sport, les G.I. Joe, les cours de conduite, les portefeuilles perdus, les devoirs du dimanche soir et les Doobie Brothers.
Arrivent le fauteuil à bascule et le téléphone… la scène du nid vide commence.
Alors que je marchais dans la chambre vide de mon fils, j’avais l’impression d’être dans un temple.
Tout était intact, comme il l’avait laissé. J’ai caressé le verre à sorbet avec pouding fossilisé sous son lit… passé mes doigts tendrement sur son tambour qui laissait échappé de l’huile sur le tapis… et pleuré doucement en esquivant les monticules de caleçons sales qui ne lui faisaient plus.
J’ai fait des plans pour conserver sa chambre comme un musée où j’irais me recueillir au plus chaud de la journée et où je ressasserais le passé.
Puis, un jour alors que je méditais, j’ai remarqué qu’il avait tout un mur avec rien dessus. J’ai donc déménagé l’orgue du couloir dans sa chambre. En remarquant que la lumière était bonne dans sa chambre, j’ai aussi découvert que si je déplaçais sa batterie et que je la rangeais, je pouvais mettre ma machine à coudre dans le coin ainsi qu’une table de coupe.
Comme on faisait ces changements, mon mari a remarqué qu’il y avait toute une garde-robe libre alors pourquoi ne pas y transférer son linge? En jetant cinq ans de magazines "Sports Illustrated" que mon fils avait gardés, on a trouvé de la place pour les décorations de Noël et les cartons de chèques cancellés.
De plus en plus, les membres de la famille ont commencé à visiter le « Temple ». C’est devenu un refuge pour l’équipement de camping, les tableaux en attente d’un cadre, un entrepôt pour les meubles de patio et les journaux à recycler.
L’étagère de trophées de tennis a laissé la place à une réserve de bouteilles d’eau de Javel pour un projet des femmes de l’église. La commode a été remplacée par mon vélo d’exercice et le lit a été sorti de la pièce pour faire de la place à une chaise berçante et une télé.
Naturellement, les murs étaient trop masculins pour la pièce alors on les a peints en jaune et on a recouvert la berçante en rose brillant et orange.
Juste avant Noël, quelqu’un a toqué à la porte. C’était notre fils qui venait à la maison pour une visite.
« Hé! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus » dit mon mari. « Ben dis donc. Combien de temps peux-tu rester? Merveilleux. On a encore le vieux divan-lit au sous-sol et tu peux y rester aussi longtemps que tu voudras. »
Ce matin, mon mari a dit : « Combien de temps ta parenté va rester? »
« Ma parenté! » j’ai répondu. « Je croyais que c’était LA TIENNE. »
lundi 15 janvier 2007
Double personnalité… ou contradiction #2
Cet extrait suit directement celui sur le linge de sport alors que la mère poursuit ses réflexions sur les contradictions. Tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
La contradiction la plus flagrante est probablement celle qui existe entre la personnalité d’un enfant à la maison et celle qu’il a à l’école. Ceci est particulièrement illustré lors u banquet de la remise annuelle des honneurs en sport/athlétisme.
La prochaine fois que vous assisterez à l’une de ces cérémonies, observez les expressions sur les visages des parents alors que les exploits de leurs fils et de leurs filles sont révélés. C’est comme si on parlait de quelqu’un d’autre qui porterait le même nom que votre enfant.
Avec un effort de concentration intense, vous pouvez parfois réussir à lire les pensées des parents pendant que l’entraîneur fait ses louanges.
« Marc est probablement un des meilleurs coureurs que j’aie eu dans toute ma carrière ici à l’école Unetelle. Accrochez-vous bien à vos tuques. Marc a couru le 100 mètres en 9,9! »
(Ça doit être en 9 jours et 9 heures. Je lui ai demandé une fois de sortir les poubelles et elles sont restées devant l’évier jusqu’à ce qu’elles deviennent des appuie-livres.)
« Je ne sais pas ce que l’équipe de base-ball ferait sans Charlie. Nous avons eu des rassembleurs avant dans l’équipe, des gens qui savaient insuffler du pep dans l’équipe, mais Charlie est le plus enthousiasmant de tous. Il n’y a pas un moment où il n’est pas en train de dire quelque chose pour enflammer l’équipe. »
(Charlie me dit cinq mots par semaine « Quand vas-tu au magasin? »)
« Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas vraiment l’athlétisme, je veux expliquer ce qu’est le lancer du poids. C’est une boule de huit livres qui a été lancée sur cent pieds par un athlète exceptionnel ici à Unetelle… Wesley Whip. »
(C’est drôle. Wesley ressemble beaucoup au garçon qui livre le journal et qui n’arrive pas à lancer une édition du samedi de six onces de son vélo jusque sur mon balcon.)
« Wolf Man Gus sera dans les annales du football en tant qu’un des grands de tous les temps ici à Unetelle. Pendant la partie contre Centrale, Gus a compté le touchdown gagnant malgré un os fracturé à la cheville, une épaule disloquée et une fièvre de 102. »
(Alors comment ça se fait que Wolf Man Gus manque l’école pour rester à la maison chaque fois qu’il se fait nettoyer les dents au dentiste?)
« Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un dans tout l’état avec de meilleurs réflexes que notre incroyable dribbleur Tim Rim. Quand le Bon Dieu a distribué la coordination, Tim était le premier dans la file. »
(Tim a dix-sept ans et je ne peux toujours lui servir qu’un demi-verre de lait à la fois car c’est tout ce que je veux bien nettoyer.)
« Le tennis est un sport de gentilhomme. Cette année, le récipiendaire du Méritas de courtoisie sur un court n’est nul autre que notre incarnation de l’esprit sportif, Stevie Cool. »
(Il a certainement fait du chemin depuis qu’il a essayé de casser la figure à son frère la semaine dernière pour avoir pris un disque sans demander la permission.)
« L’équipe de natation n’aurait jamais tenu le coup cette année sans notre petit ramasseur de Paule Franswarth. Paul ramasse les serviettes mouillées sur le plancher, pend les costumes pour qu’ils sèchent, et est également responsable de ranger tout l’équipement à sa place. »
(Rentrons Ed, je me sens malade.)
La contradiction la plus flagrante est probablement celle qui existe entre la personnalité d’un enfant à la maison et celle qu’il a à l’école. Ceci est particulièrement illustré lors u banquet de la remise annuelle des honneurs en sport/athlétisme.
La prochaine fois que vous assisterez à l’une de ces cérémonies, observez les expressions sur les visages des parents alors que les exploits de leurs fils et de leurs filles sont révélés. C’est comme si on parlait de quelqu’un d’autre qui porterait le même nom que votre enfant.
Avec un effort de concentration intense, vous pouvez parfois réussir à lire les pensées des parents pendant que l’entraîneur fait ses louanges.
« Marc est probablement un des meilleurs coureurs que j’aie eu dans toute ma carrière ici à l’école Unetelle. Accrochez-vous bien à vos tuques. Marc a couru le 100 mètres en 9,9! »
(Ça doit être en 9 jours et 9 heures. Je lui ai demandé une fois de sortir les poubelles et elles sont restées devant l’évier jusqu’à ce qu’elles deviennent des appuie-livres.)
« Je ne sais pas ce que l’équipe de base-ball ferait sans Charlie. Nous avons eu des rassembleurs avant dans l’équipe, des gens qui savaient insuffler du pep dans l’équipe, mais Charlie est le plus enthousiasmant de tous. Il n’y a pas un moment où il n’est pas en train de dire quelque chose pour enflammer l’équipe. »
(Charlie me dit cinq mots par semaine « Quand vas-tu au magasin? »)
« Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas vraiment l’athlétisme, je veux expliquer ce qu’est le lancer du poids. C’est une boule de huit livres qui a été lancée sur cent pieds par un athlète exceptionnel ici à Unetelle… Wesley Whip. »
(C’est drôle. Wesley ressemble beaucoup au garçon qui livre le journal et qui n’arrive pas à lancer une édition du samedi de six onces de son vélo jusque sur mon balcon.)
« Wolf Man Gus sera dans les annales du football en tant qu’un des grands de tous les temps ici à Unetelle. Pendant la partie contre Centrale, Gus a compté le touchdown gagnant malgré un os fracturé à la cheville, une épaule disloquée et une fièvre de 102. »
(Alors comment ça se fait que Wolf Man Gus manque l’école pour rester à la maison chaque fois qu’il se fait nettoyer les dents au dentiste?)
« Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un dans tout l’état avec de meilleurs réflexes que notre incroyable dribbleur Tim Rim. Quand le Bon Dieu a distribué la coordination, Tim était le premier dans la file. »
(Tim a dix-sept ans et je ne peux toujours lui servir qu’un demi-verre de lait à la fois car c’est tout ce que je veux bien nettoyer.)
« Le tennis est un sport de gentilhomme. Cette année, le récipiendaire du Méritas de courtoisie sur un court n’est nul autre que notre incarnation de l’esprit sportif, Stevie Cool. »
(Il a certainement fait du chemin depuis qu’il a essayé de casser la figure à son frère la semaine dernière pour avoir pris un disque sans demander la permission.)
« L’équipe de natation n’aurait jamais tenu le coup cette année sans notre petit ramasseur de Paule Franswarth. Paul ramasse les serviettes mouillées sur le plancher, pend les costumes pour qu’ils sèchent, et est également responsable de ranger tout l’équipement à sa place. »
(Rentrons Ed, je me sens malade.)
jeudi 11 janvier 2007
Le linge de sport…. ou contradiction #1
En voici un autre encore long mais…. savoureux. Tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
Pour moi, l’éducation moderne est une contradiction. C’est comme si un enfant de trois ans avec un ordinateur dans sa main pouvait calculer un intérêt de 10,6 % sur un prêt de $11 653.00 sans savoir si la pièce de cinq sous est plus petite ou plus grosse que celle de dix sous.
C’est comme si votre fille partait au collège avec tous vos petits appareils, vos draps, couvertures, meubles, valises, télévision et voiture en disant « Il faut que je m’éloigne de votre matérialisme mesquin. »
Mes enfants ont toujours fait grand cas de l’écologie. Pourtant, ils ont généré la source No 1 de pollution dans ce pays : le linge d’éducation physique.
Une paire de shorts, un chandail et une paire de souliers de course se sont rendus tout seul dans la salle de lavage mercredi dernier rien qu’en flottant sur leurs propres effluves et se sont posés désespérément contre le mur. Je me tenais là et j’ai vu une vigne en pot faner devant mes yeux.
Clignant des yeux pour enlever les larmes, j’ai crié à mon fils : « Depuis combien de temps ce linge n’a pas été lavé?
- Depuis le début de l’année scolaire, m’a-t-il répondu.
- Laquelle?
- 1972-1973.
- C’est ce que je pensais. Tu sais, je ne sais pas comment ton prof fait pour vous endurer.
- Il dit que ce n’était pas si mal jusqu’à hier.
- Qu’est-il arrivé hier?
- Il a plu et on est rentré.
- Vous n’avez pas des règlements à propos du lavage de ces choses?
- Ouais. Il faut qu’on les lave tous les quatre mois, qu’ils en aient besoin ou non. »
Doucement, j’ai déplié les shorts boueux, le chandail poussiéreux et les chaussettes qui étaient déjà dans les derniers stades de rigor mortis.
Comme j’essayais de gratter pour enlever une frite entortillée dans un lacet, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que voilà un enfant qui a été élevé dans un monde aseptisé. Quand il était bébé, je faisais bouillir ses jouets et je stérilisais ses pinces de nombril. J’ai fait porter un masque au chien quand il était dans la même pièce. Je lavais mes mains AVANT de changer sa couche.
Où me suis-je trompée?
Sous son lit, il y avait du linge sale qui abritait des formes de vie sauvage. Dans ses tiroirs, il y avait des sous-vêtements souillés si vieux que certains avaient une doublure de plastique. Dans son armoire, il y avait des salopettes et des jeans qui pendaient sans avoir besoin de cintre.
En ouvrant le couvercle de la laveuse, j’ai tâté partout pour trouver le linge de sport que je venais de laver. J’ai trouvé un lacet, deux étiquettes et une frite propre. « Qu’est-il arrivé à mon linge de sport? » demanda mon fils. « Après avoir enlevé la sueur et la saleté, c’est tout ce qui restait. »
Pour moi, l’éducation moderne est une contradiction. C’est comme si un enfant de trois ans avec un ordinateur dans sa main pouvait calculer un intérêt de 10,6 % sur un prêt de $11 653.00 sans savoir si la pièce de cinq sous est plus petite ou plus grosse que celle de dix sous.
C’est comme si votre fille partait au collège avec tous vos petits appareils, vos draps, couvertures, meubles, valises, télévision et voiture en disant « Il faut que je m’éloigne de votre matérialisme mesquin. »
Mes enfants ont toujours fait grand cas de l’écologie. Pourtant, ils ont généré la source No 1 de pollution dans ce pays : le linge d’éducation physique.
Une paire de shorts, un chandail et une paire de souliers de course se sont rendus tout seul dans la salle de lavage mercredi dernier rien qu’en flottant sur leurs propres effluves et se sont posés désespérément contre le mur. Je me tenais là et j’ai vu une vigne en pot faner devant mes yeux.
Clignant des yeux pour enlever les larmes, j’ai crié à mon fils : « Depuis combien de temps ce linge n’a pas été lavé?
- Depuis le début de l’année scolaire, m’a-t-il répondu.
- Laquelle?
- 1972-1973.
- C’est ce que je pensais. Tu sais, je ne sais pas comment ton prof fait pour vous endurer.
- Il dit que ce n’était pas si mal jusqu’à hier.
- Qu’est-il arrivé hier?
- Il a plu et on est rentré.
- Vous n’avez pas des règlements à propos du lavage de ces choses?
- Ouais. Il faut qu’on les lave tous les quatre mois, qu’ils en aient besoin ou non. »
Doucement, j’ai déplié les shorts boueux, le chandail poussiéreux et les chaussettes qui étaient déjà dans les derniers stades de rigor mortis.
Comme j’essayais de gratter pour enlever une frite entortillée dans un lacet, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que voilà un enfant qui a été élevé dans un monde aseptisé. Quand il était bébé, je faisais bouillir ses jouets et je stérilisais ses pinces de nombril. J’ai fait porter un masque au chien quand il était dans la même pièce. Je lavais mes mains AVANT de changer sa couche.
Où me suis-je trompée?
Sous son lit, il y avait du linge sale qui abritait des formes de vie sauvage. Dans ses tiroirs, il y avait des sous-vêtements souillés si vieux que certains avaient une doublure de plastique. Dans son armoire, il y avait des salopettes et des jeans qui pendaient sans avoir besoin de cintre.
En ouvrant le couvercle de la laveuse, j’ai tâté partout pour trouver le linge de sport que je venais de laver. J’ai trouvé un lacet, deux étiquettes et une frite propre. « Qu’est-il arrivé à mon linge de sport? » demanda mon fils. « Après avoir enlevé la sueur et la saleté, c’est tout ce qui restait. »
samedi 6 janvier 2007
Réflexions à la fin de l'été
Voici un extrait qui m'a particulièrement touchée car bientôt, mon fils partira en appartement pour aller au cégep et je trouve qu'il grandit bien plus vite que je ne peux m'y adapter. Cet extrait est tiré du livre At Wit's End (First Fawcett Crest Edition 1975, Copyright 1965, 1966, 1967):
Réflexions à la fin de l'été
La fin de l'été est pour moi comme la veillée du Jour de l'An. Je sens la fin de quelque chose d'insouciant et sans inhibition, sablonneux et chaud, froid et fondant, pieds nus et basanés. Et pourtant, j'ai hâte et j'attend avec beaucoup d'impatience le début des horaires et des rendez-vous, les cartables avec les petits index de couleur, les crayons fraichement aiguisés, les brises fraiches, l'efficacité et la routine.
Je suis tristement consciente d'un grand mouvement dans le temps alors que je rallonge les jupes et que je range les chandails aux manches qui tombent en-haut des poignets. Le temps avance et je veux l'arrêter, juste un court instant, que je puisse arracher un moment tranquille et dire à mes enfants ce que je souhaite pour eux et la raison de tous ces cris.
Cet instant n'arrive jamais, bien sûr. Je suis en compétition avec Captain Kangaroo, une partie de baseball, un disque des Monkees, un ami, un dessin animé ou un nouveau vélo dans le quartier voisin. Alors je dois garder ces pensées à l'intérieur…
Trop vite… tu vas trop vite. Ne sois pas si pressé d'échanger les petits pots de bébé pour des tenues de soirée. Tu vas avoir ta propre voiture de sport avant d'avoir essayer d'en construire une avec une boîte à savon et des roues de poussette de bébé. Tu vas explorer le monde avant d'avoir découvert les merveilles de ta cour arrière. Tu vas bourrer de mouchoirs en papier ce que le Bon Dieu remplira tout seul si t'es juste un peu patient.
Ne te débarasses pas de ton enfance comme d'un manteau devenu un peu trop petit pour toi. Une enfance complète est nécessaire, comme le sont chacune des phases de ta croissance. L'enfance est un temps pour faire semblant et essayer la maturité pour voir si elle te va ou si elle pendouille encore trop grande, si elle goûte sucré ou amer, si elle sent bon ou remplit tes poumons de fumée qui te fait tousser. C'est de partager des lichées de suçon avec ton meilleur ami avant de découvrir les microbes. C'est de ne pas savoir combien coûte une maison et de s'en soucier encore moins. C'est d'aller au lit l'été avec les pieds sales dans des draps propres. C'est de penser que ceux qui ont plus de quinze ans sont "antiques". C'est d'absorber les idées, les connaissances et les gens comme une éponge géante. L'enfance est le temps où la "compétition" est une partie de baseball et la "responsabilité" est de passer le journal le matin.
Je veux t'enseigner tellement de choses que tu dois connaître pour trouver le bonheur en toi. Pourtant, je ne sais par où commencer ni comment.
Je veux que tu sois carré. C'est ça, carré/bourgeois! Je veux que tu embrasses ta grand-mère quand tu entres dans la pièce même si tu es avec des amis. Je veux que tu sois capable de discuter ouvertement de Dieu et de ton amour pour Lui. Je veux que tu accordes de la dignité aux choses en lesquelles tu crois et du respect pour celles que tu ne crois pas. Je veux que tu sois un être humain qui a besoin d'amis et qui les mérite aussi. Je veux que tu sois un bourgeois qui cire ses souliers, boutonne le premier bouton de sa chemise de temps en temps, et se tient droit et regarde les gens dans les yeux quand ils parlent. Il y a un temps pour rire et un temps pour pleurer. Je veux que tu connaisses la différence.
... (ici, je saute une partie du texte original pour reprendre ensuite)
Si je pouvais juste être sûre que toutes ces leçons étaient bien rentrées et comprises. Comment est-ce que je peux te parler des déceptions? Tu en auras, tu sais. Et elles seront douloureuses, elles feront mal, elles feront éclater ton ego, mettront à nu ta confiance en toi et parfois, elle detruiront ton initiative. Mais on n'en meurt pas. On en ressort juste plus fort. Je veux que tu entendes le tonnerre, pour que tu puisses apprécier le calme. Je veux que tu tombes en pleine face par terre de temps en temps, pour que tu connaisses la fierté d'être capable de se tenir debout. Apprends à vivre avec les mots "Non! Tu ne peux pas! T'es dehors! T'as manqué le bateau! Je ne sais pas". Et "J'ai fait une erreur."
Les adultes disent toujours aux jeunes "Ce sont les meilleurs années de ta vie." Le sont-elles? Je ne sais pas. Parfois, quand les adultes disent ça aux enfants, je regarde leur visage. Ils ont l'air de quelqu'un qui est pris sur le siège en haut de la grande roue et qui a mangé trop de barbe à papa et de hot-dogs. Ils aimeraient descendre et être malade mais tout le monde leur dit comme ils ont du plaisir.
N'imagine pas un seul instant que je ne ressens pas tes peurs et tes angoisses. La jeunesse n'apporte pas une immunité contre les déceptions et les cœurs brisés. Personne n'a ça.
Les peurs commencent le jour où tu nais: la peur des bains, de faire pipi au lit, du noir, de tomber de l'évier où on te lave, des étrangers qui te lancent dans les airs et qui pourraient ne pas te ratrapper, d'avoir faim, du bruit, des épingles ouvertes.
Plus tard, ce sont les monstres, les parents qui partent et ne reviendraient pas, la mort, la douleur, les mauvais rêves. L'école ne fait qu'ajouter aux angoisses. La peur de ne pas avoir d'amis, se faire poser une question par le professeur et ne pas connaître la réponse, dire la vérité quand tu vas être puni, ne pas arriver à la toilette à temps, ne pas être aimé par la gardienne, ne plus être aimé par tes parents quand arrive un nouveau bébé dans la famille. En vieillissant, elles continuent à se multiplier. Peur de ne pas performer, ne pas avoir d'amis, ne pas être accepté, ne pas avoir la voiture, s'inquiéter de la guerre, du mariage, de la carrière, faire de l'argent, être attirant pour le sexe opposé et obtenir d'assez bonnes notes pour avoir son diplôme.
Les peurs sont normales. Nous en avons tous. Les parents ont les plus grandes peurs de toutes. Car nous sommes responsables de cette vie que nous avons mise au monde. Il y a tant à enseigner et le temps passe si vite…
Ce brusque courant d'air, était-ce un prélude à un autre automne ou quelqu'un qui passait en courant pour aller voir Captain Kangaroo?
Réflexions à la fin de l'été
La fin de l'été est pour moi comme la veillée du Jour de l'An. Je sens la fin de quelque chose d'insouciant et sans inhibition, sablonneux et chaud, froid et fondant, pieds nus et basanés. Et pourtant, j'ai hâte et j'attend avec beaucoup d'impatience le début des horaires et des rendez-vous, les cartables avec les petits index de couleur, les crayons fraichement aiguisés, les brises fraiches, l'efficacité et la routine.
Je suis tristement consciente d'un grand mouvement dans le temps alors que je rallonge les jupes et que je range les chandails aux manches qui tombent en-haut des poignets. Le temps avance et je veux l'arrêter, juste un court instant, que je puisse arracher un moment tranquille et dire à mes enfants ce que je souhaite pour eux et la raison de tous ces cris.
Cet instant n'arrive jamais, bien sûr. Je suis en compétition avec Captain Kangaroo, une partie de baseball, un disque des Monkees, un ami, un dessin animé ou un nouveau vélo dans le quartier voisin. Alors je dois garder ces pensées à l'intérieur…
Trop vite… tu vas trop vite. Ne sois pas si pressé d'échanger les petits pots de bébé pour des tenues de soirée. Tu vas avoir ta propre voiture de sport avant d'avoir essayer d'en construire une avec une boîte à savon et des roues de poussette de bébé. Tu vas explorer le monde avant d'avoir découvert les merveilles de ta cour arrière. Tu vas bourrer de mouchoirs en papier ce que le Bon Dieu remplira tout seul si t'es juste un peu patient.
Ne te débarasses pas de ton enfance comme d'un manteau devenu un peu trop petit pour toi. Une enfance complète est nécessaire, comme le sont chacune des phases de ta croissance. L'enfance est un temps pour faire semblant et essayer la maturité pour voir si elle te va ou si elle pendouille encore trop grande, si elle goûte sucré ou amer, si elle sent bon ou remplit tes poumons de fumée qui te fait tousser. C'est de partager des lichées de suçon avec ton meilleur ami avant de découvrir les microbes. C'est de ne pas savoir combien coûte une maison et de s'en soucier encore moins. C'est d'aller au lit l'été avec les pieds sales dans des draps propres. C'est de penser que ceux qui ont plus de quinze ans sont "antiques". C'est d'absorber les idées, les connaissances et les gens comme une éponge géante. L'enfance est le temps où la "compétition" est une partie de baseball et la "responsabilité" est de passer le journal le matin.
Je veux t'enseigner tellement de choses que tu dois connaître pour trouver le bonheur en toi. Pourtant, je ne sais par où commencer ni comment.
Je veux que tu sois carré. C'est ça, carré/bourgeois! Je veux que tu embrasses ta grand-mère quand tu entres dans la pièce même si tu es avec des amis. Je veux que tu sois capable de discuter ouvertement de Dieu et de ton amour pour Lui. Je veux que tu accordes de la dignité aux choses en lesquelles tu crois et du respect pour celles que tu ne crois pas. Je veux que tu sois un être humain qui a besoin d'amis et qui les mérite aussi. Je veux que tu sois un bourgeois qui cire ses souliers, boutonne le premier bouton de sa chemise de temps en temps, et se tient droit et regarde les gens dans les yeux quand ils parlent. Il y a un temps pour rire et un temps pour pleurer. Je veux que tu connaisses la différence.
... (ici, je saute une partie du texte original pour reprendre ensuite)
Si je pouvais juste être sûre que toutes ces leçons étaient bien rentrées et comprises. Comment est-ce que je peux te parler des déceptions? Tu en auras, tu sais. Et elles seront douloureuses, elles feront mal, elles feront éclater ton ego, mettront à nu ta confiance en toi et parfois, elle detruiront ton initiative. Mais on n'en meurt pas. On en ressort juste plus fort. Je veux que tu entendes le tonnerre, pour que tu puisses apprécier le calme. Je veux que tu tombes en pleine face par terre de temps en temps, pour que tu connaisses la fierté d'être capable de se tenir debout. Apprends à vivre avec les mots "Non! Tu ne peux pas! T'es dehors! T'as manqué le bateau! Je ne sais pas". Et "J'ai fait une erreur."
Les adultes disent toujours aux jeunes "Ce sont les meilleurs années de ta vie." Le sont-elles? Je ne sais pas. Parfois, quand les adultes disent ça aux enfants, je regarde leur visage. Ils ont l'air de quelqu'un qui est pris sur le siège en haut de la grande roue et qui a mangé trop de barbe à papa et de hot-dogs. Ils aimeraient descendre et être malade mais tout le monde leur dit comme ils ont du plaisir.
N'imagine pas un seul instant que je ne ressens pas tes peurs et tes angoisses. La jeunesse n'apporte pas une immunité contre les déceptions et les cœurs brisés. Personne n'a ça.
Les peurs commencent le jour où tu nais: la peur des bains, de faire pipi au lit, du noir, de tomber de l'évier où on te lave, des étrangers qui te lancent dans les airs et qui pourraient ne pas te ratrapper, d'avoir faim, du bruit, des épingles ouvertes.
Plus tard, ce sont les monstres, les parents qui partent et ne reviendraient pas, la mort, la douleur, les mauvais rêves. L'école ne fait qu'ajouter aux angoisses. La peur de ne pas avoir d'amis, se faire poser une question par le professeur et ne pas connaître la réponse, dire la vérité quand tu vas être puni, ne pas arriver à la toilette à temps, ne pas être aimé par la gardienne, ne plus être aimé par tes parents quand arrive un nouveau bébé dans la famille. En vieillissant, elles continuent à se multiplier. Peur de ne pas performer, ne pas avoir d'amis, ne pas être accepté, ne pas avoir la voiture, s'inquiéter de la guerre, du mariage, de la carrière, faire de l'argent, être attirant pour le sexe opposé et obtenir d'assez bonnes notes pour avoir son diplôme.
Les peurs sont normales. Nous en avons tous. Les parents ont les plus grandes peurs de toutes. Car nous sommes responsables de cette vie que nous avons mise au monde. Il y a tant à enseigner et le temps passe si vite…
Ce brusque courant d'air, était-ce un prélude à un autre automne ou quelqu'un qui passait en courant pour aller voir Captain Kangaroo?
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