Ici, Erma parle de rhume. Chez nous, on parlerait plutôt de grippe mais le concept semble universel…cet extrait aborde les inégalités entre les sexes quand la maladie frappe. Tiré de I lost evrythin in the post-natal depression? (Fawcett Crest Books, September 1974).
Quand le mouvement de libération de la femme s’occupera de l’égalité des rhumes, j’embarquerai.
Ça ne m’a jamais dérangé de danser à reculons… ou d’avoir les boutons du mauvais côté du chemisier ou d’avoir à demander la clé chaque fois que je veux aller à la toilette dans une station-service. Mais juste une fois, j’aimerais bien que mon rhume obtienne le même respect que celui d’un homme.
Il y a quelques semaines, quand mon mari a eu le nez qui coulait, il a pris son rhume au lit, exigé trois opinions médicales différentes, insisté pour que je poste les enfants dans un autre état, installé un monte-charge dans sa chambre (moi!) et écrit au réseau ABC en insistant qu’il ferait un bon épisode double pour la série Marcus Welby M.D.
Il y a deux jours, je me suis réveillé avec des douleurs. Ma tête était fiévreuse, mes lèvres craquelées. J’avais la gorge sèche. J’avais la nausée. Tous les os de mon corps suppliaient qu’on les soulage de leur misère. « Je ne me sens pas bien » ai-je dit à mon mari. « En fait, je ne voudrais pas en faire un drame mais je crois que je suis mourante. »
« Est-ce que ça veut dire que tu ne vas pas t’habiller? » a-t-il répondu impatiemment en regardant sa montre.
« Tu ne comprends pas » ai-je dit. « C’est un pur calvaire de respirer. Ma tête fait mal. Mes yeux sont comme des lames de rasoir rondes et ce n’est qu’une question de minutes avant que je n’aille dans la Grande Salle de lavage au ciel. »
« Je me sens pareil quand je dors trop longtemps le matin » a-t-il dit.
« Mais il n’est que 06 :30 » dis-je d’une voix rocailleuse.
« Et alors? Mange un peu de bacon, des pommes de terres rissolées couvertes de ketchup… et où est-ce que tu vas? »
Vous l’avez entendu, mes sœurs. Et maintenant, qu’allons-nous y faire?
Je suggère de lancer une loi fédérale qui rendrait le rhume des femmes légal dans chacun des cinquante états. Ce serait la loi Bombeck sur l’Équité en matière de rhume.
Cette loi octroierait plus de quinze minutes aux femmes pour surmonter un virus de 24 heures. Sous la loi de l’Équité en matière de rhume, son rhume à elle aurait le droit de rester au lit et serait exempté du covoiturage, de la corvée cuisine, du lavage, des quilles, et des visites aux malades.
Tout mari qui dénigrerait ou se moquerait du rhume de sa femme avec des remarques telles que « Peut-être que c’était le rôt, » ou « C’est juste que tu t’ennuies, » ou « Si ça dure jusqu’au printemps, tu devrais voir un docteur, » ou « Allez, debout, tu fais peur aux enfants » s’exposerait à des amendes sévères.
Tout mari qui mentionnerait du bacon et des patates rissolées à une femme mourante serait enfermé pour cinquante ans… sans aucune forme de procès.
J’aimerais aussi voir les femmes protégée des familles bien intentionnées quand elles sont sur le dos. Il n’y a rien de pire que d’être étendue là, aussi sexy qu’une poubelle ouverte, et que la famille s’en tire toute seule en toute beauté.
Comme Grand-maman qui dit « Je n’ai jamais vu ta maison si propre. Les enfants font un travail fantastique. Tu devrais vraiment avoir de l’aide quand tu retourneras à la maison. » (les sous-entendus étant exactement ce que vous pensez qu’ils sont.)
Ou un mari qui dit « Ne t’inquiète de rien. Ta fille est une incroyable cuisinière. Je ne sais pas d’où elle tient ça. Hier soir, on a eu du steak, des patates et des haricots verts. Ce soir, elle va me faire la surprise. »
Ou une fille qui gazouille « J’adorie m’occuper de la maison. J’ai fait tout le lavage aujourd’hui en une heure. J’ai fait nettoyer leur chambre aux garçons. Tout ce qu’il faut faire, c’est s’asseoir sur eux. »
Ou un fils qui sourit « Wow! Quelle journée on a eu. J’ai reçu toute la gang chez nous et on n’avait pas à faire attention à tout comme d’habitude quand tu travailles à la maison. On s’est éclatés. On a aidé Papa à faire le ménage dans tes armoires. »
Juste quand vous pensez que vous pourriez être remplacée par un enregistrement, votre jeune fils murmure « le chien a fait sur le tapis de la chambre, le hamster est mort, on a échappé le pot de betteraves dans le réfrigérateur, on s’est disputé toute la journée lundi, et les haricots verst étaient si durs qu’on les a donnés aux vers à farine. » (Note de la traductrice : les vers à farine sont gardés au réfrigérateur comme nourriture pour le serpent… mais c’est une autre histoire.)
Vous savez quoi? C’est avec cet enfant-là que je vivrai quand je serai vieille.
dimanche 4 novembre 2007
samedi 20 octobre 2007
Le mariage
Cet extrait est tiré de A Marriage made in Heaven or Too tired to have an affair (Je n'ai pas la référence de l'édition mais on ne peut pas toujours tout avoir...). Ce n'est pas un extrait qui résonne personnellement mais j'avais tout de même envie de la partager (pour ceux qui ne l'avaient pas encore lu).
Ça aurait été un mariage merveilleux… si ça n’avait pas été le mien.
Le soleil brillait. Les membres de la famille se parlaient entre eux. Le fiancé était présent. À l’autel m’attendait un homme que je connaissais depuis l’école secondaire, qui avait servi en Corée après la deuxième guerre mondiale et qui avait bel air dans un uniforme. Ernest Borgnine avait bel air dans un uniforme.
Bill était un étranger. Je ne le connaissais que depuis sept ans. Il y a des gens qui ont des conversations plus longues que ça avec un serveur au sujet du "spécial du jour".
À quoi mes parents pouvaient-ils bien penser avec leurs niaiseries de "Tu ne rajeunis pas tu sais?" Nous n'avions pas de voiture, pas d'endroit où habiter, pas de meubles et pas de motif pour l'argenterie. Je me demandais si on pouvait être légalement marié sans avoir de motif pour l'argenterie. Bill n'avait même pas d'emploi. Il avait encore un an à faire au collège. Aucun doute, mes parents faisaient une grosse erreur!
Rien ne marchait. Enfant, j'avais toujours fantasmé à propos d'un grand mariage au-dessus de nos moyens. Et j'étais là, dans une robe de mariée trop grande que j'avais achetée à rabais, un cousin prenant nos photos pour l'album avec un appareil jetable et ma mère qui sentait le jambon qu'elle avait cuit toute la matinée pour amener à la réception.
Et qu'est-ce qui allait arriver à mes rêves? J'avais de grands projets pour moi. Une fois diplômée du collège, j'allais aller à New York pour travailler au New York Times en tant que correspondante étrangère. Et si ça ne marchait pas, j'avais une offre ferme pour écrire la chronique nécrologique dans le Dayton Herald en Ohio.
Et me voilà, deux semaines après ma graduation, descendant l'allée de l'Église de la Résurrection pour dire "je le veux" sans même avoir une description de tâches.
Je croisai le regard de mon fiancé qui m'attendait devant l'autel et la pauvreté et les rêves inassouvis semblaient sans importance. Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi? J'aimais cet homme. Nous étions le couple parfait. Nous avions tout en commun. Enfin, les choses qui comptaient vraiment.
Tous les deux nous ne mâchions qu'un demi-bâton de gomme et gardions l'autre moitié. (Combien de gens font ça!) Nous aimions tous les deux l'humour de Robert Benchley, haïssions le communisme et quelle autre chose encore? Ah oui, nous détestions tous les deux aller au dentiste. Beaucoup de couples qu'on connaissait avait débuté leur mariage avec moins que ça.
Comme je m'agenouillais à ses côtés, j'observai à travers mon voile qu'il avait une éclaboussure de peinture blanche sur son oreille. Une faible odeur de térébenthine flottait autour de lui. Il peinturait des maisons pendant l'été pour se faire un peu d'argent. Il faudrait que ça change. Sûrement qu'il pourrait trouver quelque chose avec un peu plus de dignité. De plus, je n'avais aucune intention de fréquenter quelqu'un autour de qui on avait peur de craquer une allumette.
Cet homme allait définitivement demander beaucoup de travail. Mais j'avais des années devant moi pour le façonner en ce mari qu'il était capable d'être. Premièrement, je me suis fait une note de laisser pousser ses cheveux. Dieu que je détestais sa coupe brosse. Ça lui donnait l'air d'une carpette sur laquelle on venait de passer l'aspirateur.
Et il nous faudrait faire quelque chose à propos de ses habitudes alimentaires. Je venais d'une famille qui considérait la sauce comme un breuvage. Il mangeait des légumes, ce que je voyais comme des décorations de foyer. Imaginez passer le reste de votre vie avec un homme qui n'avait jamais mangé de dumplings froids pour déjeuner!
Son témoin et copain de poker, Ed Phillips, lui donna l'alliance. Je souriais pendant que Bill la glissait à mon doigt. Ed et tout le groupe de joyeux lurons seraient bientôt choses du passé. Finie la vie de célibataire – jouer au poker jusqu'aux petites heures du matin. À partir de maintenant, ce ne serait plus que nous deux, regardant des couchers de soleil et noyant nos regards dans les yeux de l'autre.
Comme nos épaules se touchèrent, j'étais stimulée à l'idée lui faire un horaire. Toutes ces années où nous étions sortis ensemble, il avait toujours été en retard pour tout. Je faisais vœu de passer l'éternité avec un homme qui n'avait jamais entendu l'hymne national ou vu le botté de départ d'une partie… jamais vu un rideau se lever ni entendu une ouverture. Il avait l'air si calme. Il ne pouvait pas savoir que je lui enseignerais bientôt les vertus de remettre le capuchon sur un stylo pour qu'il ne sèche pas et que j'allais lui montrer comment les gauchers sont supposés raccrocher le téléphone pour que les droitiers ne deviennent pas fous de rage.
Le prêtre était polonais et, entre son accent et le latin de messe, je m'efforçais d'interpréter ses mots. Et là, bien haut et clair, je l'ai entendu clamer: "Toi, Bill, tu seras la tête du foyer et toi, Erma, tu seras le cœur."
Dans ses rêves. À qui croyait-il s'adresser ici… un enfant qui choisit une pièce de 5¢ au lieu d'un dix sous parce qu'il est plus gros? J'avais vu la "description de tâches du cœur" et je ne m'étais pas tapé quatre ans de conjugaisons de verbes pour m'étouffer sur les meilleurs scores de quilles de mon mari.
Peut-être que je pourrais convaincre Bill d'être le cœur… ou au moins échanger une fois de temps en temps.
"Je vous prononce maintenant mari et femme."
À l'exception, peut-être, de "Nous avons décollage" et "Ce pays est maintenant en guerre", il y a peu de phrases aussi marquantes.
La réception avait lieu en bordure de la ville dans une salle généralement réservée aux pique-niques des vétérans de guerre. Des chaises pliantes étaient enlignées le long du mur, donnant à la salle toute la chaleur intime d'un terminus d'autobus. Une longue table couverte d'une nappe en papier blanc trônait au centre de la pièce et supportait le gâteau et la montagne de sandwichs au jambon.
Une voiture arrive à l'entrée. Un couple avec six enfants en débordent. L'homme crie à la cantonade "Charlie est là! Où est la bière?"
Bill me regarda et dit: "De ton côté?"
Je hochai la tête. "Mon oncle par alliance."
Le reste de la journée est plutôt flou – la parenté qui s'enligne de chaque côté de la pièce comme deux tribus en guerre… des centaines d'enfants que personne n'a jamais vus avant avec du gâteau plein le visage… des demoiselles d'honneur qui vous regardent avec cet air de "Dieu merci c'est toi et pas moi"… et Mère qui ne pouvait pas s'arrêter de pleurer parce qu'elle allait manquer de jambon.
Quelqu'un de bien intentionné m'a demandé où nous allions pour notre lune de miel. Je lui ai dit que je voulais aller à New York, voir un spectacle sur Broadway, loger dans un hôtel chic et faire des promenades en calèche à minuit dans Central Park.
"Puis, où est-ce que vous allez?" a-t-elle insisté.
"Nous allons pêcher au Lac à la larve dans le Michigan."
"Vous vous êtes mariée pour l'amour" dit-elle en souriant.
À quoi aurais-je pu m'attendre d'un homme qui m'a fait sa demande en glissant ma bague de fiançailles sur son cigare et en l'allumant?
Aux alentours de quatre heures, je cherchai Bill. Il n'était nulle part. Dehors, dans le terrain de stationnement, je l'ai trouvé en compagnie d'Ed et de tout son groupe de copains riant, buvant et faisant des plans pour une partie de poker dès son retour.
Ça allait être plus dur que je ne le pensais.
Ça aurait été un mariage merveilleux… si ça n’avait pas été le mien.
Le soleil brillait. Les membres de la famille se parlaient entre eux. Le fiancé était présent. À l’autel m’attendait un homme que je connaissais depuis l’école secondaire, qui avait servi en Corée après la deuxième guerre mondiale et qui avait bel air dans un uniforme. Ernest Borgnine avait bel air dans un uniforme.
Bill était un étranger. Je ne le connaissais que depuis sept ans. Il y a des gens qui ont des conversations plus longues que ça avec un serveur au sujet du "spécial du jour".
À quoi mes parents pouvaient-ils bien penser avec leurs niaiseries de "Tu ne rajeunis pas tu sais?" Nous n'avions pas de voiture, pas d'endroit où habiter, pas de meubles et pas de motif pour l'argenterie. Je me demandais si on pouvait être légalement marié sans avoir de motif pour l'argenterie. Bill n'avait même pas d'emploi. Il avait encore un an à faire au collège. Aucun doute, mes parents faisaient une grosse erreur!
Rien ne marchait. Enfant, j'avais toujours fantasmé à propos d'un grand mariage au-dessus de nos moyens. Et j'étais là, dans une robe de mariée trop grande que j'avais achetée à rabais, un cousin prenant nos photos pour l'album avec un appareil jetable et ma mère qui sentait le jambon qu'elle avait cuit toute la matinée pour amener à la réception.
Et qu'est-ce qui allait arriver à mes rêves? J'avais de grands projets pour moi. Une fois diplômée du collège, j'allais aller à New York pour travailler au New York Times en tant que correspondante étrangère. Et si ça ne marchait pas, j'avais une offre ferme pour écrire la chronique nécrologique dans le Dayton Herald en Ohio.
Et me voilà, deux semaines après ma graduation, descendant l'allée de l'Église de la Résurrection pour dire "je le veux" sans même avoir une description de tâches.
Je croisai le regard de mon fiancé qui m'attendait devant l'autel et la pauvreté et les rêves inassouvis semblaient sans importance. Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi? J'aimais cet homme. Nous étions le couple parfait. Nous avions tout en commun. Enfin, les choses qui comptaient vraiment.
Tous les deux nous ne mâchions qu'un demi-bâton de gomme et gardions l'autre moitié. (Combien de gens font ça!) Nous aimions tous les deux l'humour de Robert Benchley, haïssions le communisme et quelle autre chose encore? Ah oui, nous détestions tous les deux aller au dentiste. Beaucoup de couples qu'on connaissait avait débuté leur mariage avec moins que ça.
Comme je m'agenouillais à ses côtés, j'observai à travers mon voile qu'il avait une éclaboussure de peinture blanche sur son oreille. Une faible odeur de térébenthine flottait autour de lui. Il peinturait des maisons pendant l'été pour se faire un peu d'argent. Il faudrait que ça change. Sûrement qu'il pourrait trouver quelque chose avec un peu plus de dignité. De plus, je n'avais aucune intention de fréquenter quelqu'un autour de qui on avait peur de craquer une allumette.
Cet homme allait définitivement demander beaucoup de travail. Mais j'avais des années devant moi pour le façonner en ce mari qu'il était capable d'être. Premièrement, je me suis fait une note de laisser pousser ses cheveux. Dieu que je détestais sa coupe brosse. Ça lui donnait l'air d'une carpette sur laquelle on venait de passer l'aspirateur.
Et il nous faudrait faire quelque chose à propos de ses habitudes alimentaires. Je venais d'une famille qui considérait la sauce comme un breuvage. Il mangeait des légumes, ce que je voyais comme des décorations de foyer. Imaginez passer le reste de votre vie avec un homme qui n'avait jamais mangé de dumplings froids pour déjeuner!
Son témoin et copain de poker, Ed Phillips, lui donna l'alliance. Je souriais pendant que Bill la glissait à mon doigt. Ed et tout le groupe de joyeux lurons seraient bientôt choses du passé. Finie la vie de célibataire – jouer au poker jusqu'aux petites heures du matin. À partir de maintenant, ce ne serait plus que nous deux, regardant des couchers de soleil et noyant nos regards dans les yeux de l'autre.
Comme nos épaules se touchèrent, j'étais stimulée à l'idée lui faire un horaire. Toutes ces années où nous étions sortis ensemble, il avait toujours été en retard pour tout. Je faisais vœu de passer l'éternité avec un homme qui n'avait jamais entendu l'hymne national ou vu le botté de départ d'une partie… jamais vu un rideau se lever ni entendu une ouverture. Il avait l'air si calme. Il ne pouvait pas savoir que je lui enseignerais bientôt les vertus de remettre le capuchon sur un stylo pour qu'il ne sèche pas et que j'allais lui montrer comment les gauchers sont supposés raccrocher le téléphone pour que les droitiers ne deviennent pas fous de rage.
Le prêtre était polonais et, entre son accent et le latin de messe, je m'efforçais d'interpréter ses mots. Et là, bien haut et clair, je l'ai entendu clamer: "Toi, Bill, tu seras la tête du foyer et toi, Erma, tu seras le cœur."
Dans ses rêves. À qui croyait-il s'adresser ici… un enfant qui choisit une pièce de 5¢ au lieu d'un dix sous parce qu'il est plus gros? J'avais vu la "description de tâches du cœur" et je ne m'étais pas tapé quatre ans de conjugaisons de verbes pour m'étouffer sur les meilleurs scores de quilles de mon mari.
Peut-être que je pourrais convaincre Bill d'être le cœur… ou au moins échanger une fois de temps en temps.
"Je vous prononce maintenant mari et femme."
À l'exception, peut-être, de "Nous avons décollage" et "Ce pays est maintenant en guerre", il y a peu de phrases aussi marquantes.
La réception avait lieu en bordure de la ville dans une salle généralement réservée aux pique-niques des vétérans de guerre. Des chaises pliantes étaient enlignées le long du mur, donnant à la salle toute la chaleur intime d'un terminus d'autobus. Une longue table couverte d'une nappe en papier blanc trônait au centre de la pièce et supportait le gâteau et la montagne de sandwichs au jambon.
Une voiture arrive à l'entrée. Un couple avec six enfants en débordent. L'homme crie à la cantonade "Charlie est là! Où est la bière?"
Bill me regarda et dit: "De ton côté?"
Je hochai la tête. "Mon oncle par alliance."
Le reste de la journée est plutôt flou – la parenté qui s'enligne de chaque côté de la pièce comme deux tribus en guerre… des centaines d'enfants que personne n'a jamais vus avant avec du gâteau plein le visage… des demoiselles d'honneur qui vous regardent avec cet air de "Dieu merci c'est toi et pas moi"… et Mère qui ne pouvait pas s'arrêter de pleurer parce qu'elle allait manquer de jambon.
Quelqu'un de bien intentionné m'a demandé où nous allions pour notre lune de miel. Je lui ai dit que je voulais aller à New York, voir un spectacle sur Broadway, loger dans un hôtel chic et faire des promenades en calèche à minuit dans Central Park.
"Puis, où est-ce que vous allez?" a-t-elle insisté.
"Nous allons pêcher au Lac à la larve dans le Michigan."
"Vous vous êtes mariée pour l'amour" dit-elle en souriant.
À quoi aurais-je pu m'attendre d'un homme qui m'a fait sa demande en glissant ma bague de fiançailles sur son cigare et en l'allumant?
Aux alentours de quatre heures, je cherchai Bill. Il n'était nulle part. Dehors, dans le terrain de stationnement, je l'ai trouvé en compagnie d'Ed et de tout son groupe de copains riant, buvant et faisant des plans pour une partie de poker dès son retour.
Ça allait être plus dur que je ne le pensais.
jeudi 12 avril 2007
La mère ou l'enfant
Cet extrait est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979). J’avoue qu’il résonne en moi et fait écho de ma relation avec ma mère durant ses dernières années… Même en le lisant en diagonale, il me fait pleurer.
Un physicien nucléaire a déjà observé qu’une femme qui a un bébé quand elle a vingt ans est vingt fois plus agées que l’enfant.
Quand le bébé a vingt ans et la mère quarante, elle n’est que deux fois plus agée. Quand le bébé a soixante ans et la mère quatre-vingt, elle n’est plus que 1 1/3 fois plus agée. Quand l’enfant a quatre-vingt et la mère cent ans, elle n’est plus que 1 ¼ fois plus agée. Quand est-ce que l’enfant aura rattrapé la mère?
Quand en effet…
Est-ce que ça commence une nuit où vous dormez et que votre mère a un sommeil agité et que vous allez dans sa chambre remonter la couverture sur ses épaules dénudées?
Est-ce que ça fait son apparition un après-midi alors que dans un moment d’irritation vous aboyez « Comment tu veux que j’te fasse une permanent maison si tu ne restes pas assise tranquille? Si tu ne te soucies pas de ce que tu as l’air, moi si! » (Mon Dieu! Serait-ce de l’écho?)
Ou est-ce arrivé cet après-midi pluvieux quand vous conduisiez pour rentrer du magasin et que vous avez mis les freins brusquement et que votre bras s’est jeté devant elle pour la protéger du pare-brise et que vos regards se sont croisés avec cet air entendu et triste?
La transition se fait doucement, comme elle s’est faite entre elle et sa mère. La passation du pouvoir. Le transfert des responsabilités. Le leg des devoirs. Et soudain, vous recrachez ces phrases familières apprises aux pieds de votre mère.
« Bien sûr que t’es malade. Tu ne penses pas que je le sais quand tu ne vas pas bien? Je passerai te prendre pour aller au docteur vers onze heures. Et sois prête! »
« Et où est ton chandail? Tu sais comme il fait froid dans les magasins avec leur air climatisé. C’est bien la dernière chose dont tu aies besoin, attraper le rhume. »
« Tu es bien jolie aujourd’hui. Est-ce que je ne te l’avais pas dit que tu aimerais cette robe? L’autre te faisait paraître trop vieille. Y a pas de raisons d’avoir l’air vieille avant son temps. »
« Est-ce que tu dois aller à la toilette avant qu’on ne parte? Tu sais comme c’est compliqué à la clinique. Il faut demander la clé et puis marcher dix kilomètres de couloirs. Pourquoi tu n’y vas pas quand même… juste pour que ce soit fait. »
« Si tu n’es pas trop fatiguée, on va magasiner. As-tu fait ta sieste ce matin? Quand tu es fatiguée, tu me le dis et je te ramène à la maison. Tu sais que je ne peux pas magasiner quand tu te balances d’un pied sur l’autre. » (Seigneur, avez-vous vraiment pris son bras sous le vôtre la tirant presqu’assez pour que ses pieds quittent le sol?)
Rébellion? « Je te prierais ma chère de me laisser prendre mes propres décisions. Je sais quand je suis fatiguée et quand ça arrive, j’ai assez de jugement pour aller me coucher. Arrête de me traiter comme une enfant! » Elle n’est pas encore prête à tirer sa révérence.
Mais lentement, insidieusement et inexorablement, les années passent et il n’y a personne vers qui se tourner.
« Où sont mes lunettes? Je n’arrive jamais à les trouver. Est-ce que je me suis endormie devant le film encore une fois? C’était à propos de quoi? »
« Compose le numéro pour moi. Tu sais que j’ai toujours le mauvais. »
« Je ne fais pas de sapin de Noël cette année. Il n’y a personne pour le voir et ça ne fait que salir le tapis pendant des mois. »
« Regarde ce que j’ai fait en macramé aujourd’hui. Je te ferai une jardinière en bleu pour ta cuisine si tu veux. » (Ça rappelle un petite empreinte de main dans le plâtre de Paris qui est accrochée au-dessus du sofa.)
« Où sont mes numéros de vols et l’horaire des avions? Tu me les imprimes toujours et tu les mets dans la pochette avec mes billets d’avion. Je ne sais pas lire ces petits chiffres. »
Rébellion : « Maman, franchement. Tu n’es pas si vieille. Tu peux faire des choses par toi-même. Sûrement que tu vois assez bien pour enfiler ta propre aiguille.
Et tu n’est certainement pas trop fatiguée pour appeler Florence et dire bonjour. Elle t’a déjà appelée quinze fois et tu ne la rappelles jamais. Pourquoi tu n’irais pas dîner avec elle une bonne fois. Ça te ferait du bien de sortir. »
« Comment ça t’es dans le rouge? Tu ne peux pas te rappeler qu’il faut que tu transcrives les chèques que tu fais dans le livret? »
La fille n’est pas encore prête à porter le fardeau. Mais le chemin est tracé.
La première année où vous célébrez l’Action de Grâce chez vous et vous cuisez la dinde et votre mère met la table.
La première fois où vous vous tournez vers elle en regardant un film et que vous faites « Chut! »
La première fois que vous vous précipitez pour lui attraper le bras quand elle passe sur une plaque de glace.
Alors que vos enfants deviennent de plus en plus forts et indépendants, la mère devient de plus en plus comme l’enfant.
« Maman, je n’ai pas pris l’horaire télé pour le mettre ailleurs que sur la télévision. »
- Oui tu l’as pris.
- Non, je ne l’ai pas pris.
- Oui.
- Non.
- Si.
- Non.
« J’ai vu ton père hier soir et il a dit qu’il arriverait en retard. »
« Tu n’as pas vu Papa hier soir. Il est mort. »
« Pourquoi dis-tu des choses pareilles? Tu es une vilaine fille. » (« J’ai vu Monsieur Ripple et il’a poussé sur la balançoire pendant des heures. »
« Il n’y a pas de Monsieur Ripple. Tu l’as inventé. Il n’existe pas. »
« C’est pas vrai. Pourquoi dis-tu ça? Juste parce que tu ne le voies pas, ça veut pas dire qu’il n’est pas là. »)
« Tu ne veux jamais venir me voir. Tu t’occupes bien trop de ces enfants-là. Ils n’ont même plus besoin de toi. »
(« Vas-tu encore jouer au bridge? Tu sors toujours et tu n’as jamais le temps de me lire des histoires! »)
« Pour l’amour du ciel, Maman, ne dis rien sur la perruque de Fred. On sait tous qu’il en porte une et le fait que tu le dises n’arrangera rien. »
(« Fais attention à tes manières, ma petite, et ne parle que si on te pose une question. »)
La fille observe « Ça ne devait pas se passer comme ça. Toutes ces années où j’ai été baignée, habillée, nourrie, conseillée, disciplinée, ordonnée, soignée, et où mes moindres besoins étaient anticipés, je voulais que vienne mon tour de commander. Maintenant que c’est arrivé, pourquoi suis-je si triste? »
Vous baignez et épongez le corps qui vous a abrité. Vous nourrisez à la cuillère les lèvres qui ont embrassé vos coupures et vos bleus pour qu’ils guérissent. Vous peignez les cheveux qui tombaient en cascades sur vos joues pour vous faire rire. Vous arrangez les couvertures sur les jambes qui vous ont portée haut dans les airs à Branbury Cross.
Les siestes sont fréquentes comme les vôtres l’étaient. Vous l’accompagnez à la toilette et attendez pour la ramener à son lit. Elle a déjà une gardienne pour la veille du Jour de l’An. Vous n’avez jamais pensé que ce serait comme ça.
En voiture avec votre fille un jour, elle met les freins brusquement et son bras s’élance instinctivement entre vous et le pare-brise.
Mon Dieu! Si tôt?
Un physicien nucléaire a déjà observé qu’une femme qui a un bébé quand elle a vingt ans est vingt fois plus agées que l’enfant.
Quand le bébé a vingt ans et la mère quarante, elle n’est que deux fois plus agée. Quand le bébé a soixante ans et la mère quatre-vingt, elle n’est plus que 1 1/3 fois plus agée. Quand l’enfant a quatre-vingt et la mère cent ans, elle n’est plus que 1 ¼ fois plus agée. Quand est-ce que l’enfant aura rattrapé la mère?
Quand en effet…
Est-ce que ça commence une nuit où vous dormez et que votre mère a un sommeil agité et que vous allez dans sa chambre remonter la couverture sur ses épaules dénudées?
Est-ce que ça fait son apparition un après-midi alors que dans un moment d’irritation vous aboyez « Comment tu veux que j’te fasse une permanent maison si tu ne restes pas assise tranquille? Si tu ne te soucies pas de ce que tu as l’air, moi si! » (Mon Dieu! Serait-ce de l’écho?)
Ou est-ce arrivé cet après-midi pluvieux quand vous conduisiez pour rentrer du magasin et que vous avez mis les freins brusquement et que votre bras s’est jeté devant elle pour la protéger du pare-brise et que vos regards se sont croisés avec cet air entendu et triste?
La transition se fait doucement, comme elle s’est faite entre elle et sa mère. La passation du pouvoir. Le transfert des responsabilités. Le leg des devoirs. Et soudain, vous recrachez ces phrases familières apprises aux pieds de votre mère.
« Bien sûr que t’es malade. Tu ne penses pas que je le sais quand tu ne vas pas bien? Je passerai te prendre pour aller au docteur vers onze heures. Et sois prête! »
« Et où est ton chandail? Tu sais comme il fait froid dans les magasins avec leur air climatisé. C’est bien la dernière chose dont tu aies besoin, attraper le rhume. »
« Tu es bien jolie aujourd’hui. Est-ce que je ne te l’avais pas dit que tu aimerais cette robe? L’autre te faisait paraître trop vieille. Y a pas de raisons d’avoir l’air vieille avant son temps. »
« Est-ce que tu dois aller à la toilette avant qu’on ne parte? Tu sais comme c’est compliqué à la clinique. Il faut demander la clé et puis marcher dix kilomètres de couloirs. Pourquoi tu n’y vas pas quand même… juste pour que ce soit fait. »
« Si tu n’es pas trop fatiguée, on va magasiner. As-tu fait ta sieste ce matin? Quand tu es fatiguée, tu me le dis et je te ramène à la maison. Tu sais que je ne peux pas magasiner quand tu te balances d’un pied sur l’autre. » (Seigneur, avez-vous vraiment pris son bras sous le vôtre la tirant presqu’assez pour que ses pieds quittent le sol?)
Rébellion? « Je te prierais ma chère de me laisser prendre mes propres décisions. Je sais quand je suis fatiguée et quand ça arrive, j’ai assez de jugement pour aller me coucher. Arrête de me traiter comme une enfant! » Elle n’est pas encore prête à tirer sa révérence.
Mais lentement, insidieusement et inexorablement, les années passent et il n’y a personne vers qui se tourner.
« Où sont mes lunettes? Je n’arrive jamais à les trouver. Est-ce que je me suis endormie devant le film encore une fois? C’était à propos de quoi? »
« Compose le numéro pour moi. Tu sais que j’ai toujours le mauvais. »
« Je ne fais pas de sapin de Noël cette année. Il n’y a personne pour le voir et ça ne fait que salir le tapis pendant des mois. »
« Regarde ce que j’ai fait en macramé aujourd’hui. Je te ferai une jardinière en bleu pour ta cuisine si tu veux. » (Ça rappelle un petite empreinte de main dans le plâtre de Paris qui est accrochée au-dessus du sofa.)
« Où sont mes numéros de vols et l’horaire des avions? Tu me les imprimes toujours et tu les mets dans la pochette avec mes billets d’avion. Je ne sais pas lire ces petits chiffres. »
Rébellion : « Maman, franchement. Tu n’es pas si vieille. Tu peux faire des choses par toi-même. Sûrement que tu vois assez bien pour enfiler ta propre aiguille.
Et tu n’est certainement pas trop fatiguée pour appeler Florence et dire bonjour. Elle t’a déjà appelée quinze fois et tu ne la rappelles jamais. Pourquoi tu n’irais pas dîner avec elle une bonne fois. Ça te ferait du bien de sortir. »
« Comment ça t’es dans le rouge? Tu ne peux pas te rappeler qu’il faut que tu transcrives les chèques que tu fais dans le livret? »
La fille n’est pas encore prête à porter le fardeau. Mais le chemin est tracé.
La première année où vous célébrez l’Action de Grâce chez vous et vous cuisez la dinde et votre mère met la table.
La première fois où vous vous tournez vers elle en regardant un film et que vous faites « Chut! »
La première fois que vous vous précipitez pour lui attraper le bras quand elle passe sur une plaque de glace.
Alors que vos enfants deviennent de plus en plus forts et indépendants, la mère devient de plus en plus comme l’enfant.
« Maman, je n’ai pas pris l’horaire télé pour le mettre ailleurs que sur la télévision. »
- Oui tu l’as pris.
- Non, je ne l’ai pas pris.
- Oui.
- Non.
- Si.
- Non.
« J’ai vu ton père hier soir et il a dit qu’il arriverait en retard. »
« Tu n’as pas vu Papa hier soir. Il est mort. »
« Pourquoi dis-tu des choses pareilles? Tu es une vilaine fille. » (« J’ai vu Monsieur Ripple et il’a poussé sur la balançoire pendant des heures. »
« Il n’y a pas de Monsieur Ripple. Tu l’as inventé. Il n’existe pas. »
« C’est pas vrai. Pourquoi dis-tu ça? Juste parce que tu ne le voies pas, ça veut pas dire qu’il n’est pas là. »)
« Tu ne veux jamais venir me voir. Tu t’occupes bien trop de ces enfants-là. Ils n’ont même plus besoin de toi. »
(« Vas-tu encore jouer au bridge? Tu sors toujours et tu n’as jamais le temps de me lire des histoires! »)
« Pour l’amour du ciel, Maman, ne dis rien sur la perruque de Fred. On sait tous qu’il en porte une et le fait que tu le dises n’arrangera rien. »
(« Fais attention à tes manières, ma petite, et ne parle que si on te pose une question. »)
La fille observe « Ça ne devait pas se passer comme ça. Toutes ces années où j’ai été baignée, habillée, nourrie, conseillée, disciplinée, ordonnée, soignée, et où mes moindres besoins étaient anticipés, je voulais que vienne mon tour de commander. Maintenant que c’est arrivé, pourquoi suis-je si triste? »
Vous baignez et épongez le corps qui vous a abrité. Vous nourrisez à la cuillère les lèvres qui ont embrassé vos coupures et vos bleus pour qu’ils guérissent. Vous peignez les cheveux qui tombaient en cascades sur vos joues pour vous faire rire. Vous arrangez les couvertures sur les jambes qui vous ont portée haut dans les airs à Branbury Cross.
Les siestes sont fréquentes comme les vôtres l’étaient. Vous l’accompagnez à la toilette et attendez pour la ramener à son lit. Elle a déjà une gardienne pour la veille du Jour de l’An. Vous n’avez jamais pensé que ce serait comme ça.
En voiture avec votre fille un jour, elle met les freins brusquement et son bras s’élance instinctivement entre vous et le pare-brise.
Mon Dieu! Si tôt?
lundi 5 février 2007
C'est la faute à qui....
Cet extrait (qui suit directement le précédent) est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979). J’avoue qu’il ma tiré quelques larmes et un bon rire.
D’une certaine façon, je blâme les experts pour le pétrin dans lequel les parents se trouvent de nos jours. Ils nous ont accablés d’une tonne de culpabilité, tant et si bien qu’on remet maintenant en question chaque chose qu’on fait.
J’ai lu la théorie d’un psychologue qui disait : « Ne jamais frapper un enfant sous le coup de la colère. » Quand est-ce que je peux le frapper alors? Quand il m’embrasse le jour de mon anniversaire? Quand il est en train de récupérer de la varicelle? Est-ce que je frappe pour lui faire lâcher la Bible des mains le dimanche?
Un autre expert a dit : « Faites attention à la façon dont vous discipliner vos enfants sinon vous pourriez marquer à vie leur ego. »
Marquer leur ego? Je ne savais même pas où il était. Pour autant que je sache, il vous rendait stérile ou causait les pellicules. Une fois, j’ai soupçonné savoir où il était et j’ai fait porter quatre couches à l’enfant, juste pour être sûre.
Et oubliez la fameuse théorie des « copains » qui marchait si bien pour nos parents. Mon fils s’est affalé dans la cuisine un soir, balançant ses livres sur le comptoir en disant : « Je viens juste d’avoir la pire journée de toute ma vie et c’est entièrement de ta faute.
- Comment t’en arrives à cette conclusion? demandai-je.
- Juste parce que tu m’as obligé à retourner dans ma chambre pour éteindre toutes les lumières avant que je ne parte pour l’école, j’ai manqué l’autobus. Ensuite, avec tous tes commentaires pour que je fasse le ménage de ma chambre, je n’ai pas réussi à trouver mon linge de sport et j’ai perdu quinze points en éducation physique.
- Le linge était plié dans ton tiroir du bas.
- Ouais, ben quel débile aurait pensé à regarder là?
- Tu marques un point.
- J’espère que t’es contente » marmonna-t-il « j’ai échoué en français.
- J’ai fait ça?
- Tout à fait. Je t’ai dit que j’avais un devoir dû pour aujourd’hui avant le dîner et tu m’as obligé à éteindre les lumières hier soir et t’as pas voulu que je le fasse.
- Il était 1h30 du matin.
- Laisse faire. C’est fait maintenant. As-tu eu un bon dîner? J’espère parce que moi, grâce à toi, je n’ai rien eu à manger.
- Et comment est-ce que ÇA c’est de ma faute?
-C’est toi qui n’a pas voulu m’avancer mon argent de poche de la semaine prochaine. Et encore une bonne nouvelle : tu sais la veste en suède que tu m’as donnée pour mon dernier anniversaire? Eh bien, je ne l’ai plus.
- Et c’est moi qu’il faut blâmer pour ça?
- Je suis content que tu l’admettes. Tout ce que j’entends ici c’est « Accroche ton manteau sur un cintre, n’oublie pas de pendre ton pyjama, pend ton chandail… » et LA fois où je fais ce que tu dis et que j’accroche ma veste au crochet dans la cafétéria, quelqu’un passe et la déchire. Si je l’avais juste laissée à terre à mes pieds comme d’habitude, j’aurais encore cette veste de suède aujourd’hui.
- Ça a été toute une journée.
- Et c’est pas fini, dit-il. Est-ce que tu n’as pas oublié quelque chose?
- Comme quoi? Demandai-je.
- Comme, est-ce que tu n’étais pas supposée me rappeler que j’avais une pratique de base-ball après l’école ?
- J’ai mis une note sur ton bureau.
- Et dans tout ce fouillis je suis sensé trouver une note! Ça te servirait de leçon si je me faisais renvoyer de l’équipe. Et ça se pourrait que je fasse juste ça. J’te jure, je parlais avec les gars et on se disait que les parents peuvent vraiment bousiller leurs enfants. »
J’ai souri. « On essaie. »
En analysant le problème du fait d’être parents et d’essayer de comprendre les enfants, il semble inévitable que ce pays en vienne à l’établissement d’un Parc d’Échange Parental.
Je n’ai jamais rencontré d’enfant qui n’avait pas l’impression qu’il était dénigré, harcelé et exploité et qu’il serait bien mieux avec Mme Jones comme mère car elle aime le désordre et mange à l’extérieur fréquemment.
D’un autre côté, je n’ai jamais rencontré un parent qui n’avait pas l’impression de ne pas être apprécié, d’être persécuté, asservi et qu’il serait bien mieux avec Rodney Phipps comme enfant car il ne parlait pas la bouche pleine et achetait un séchoir à cheveux à sa mère pour la Fête des Mères.
Ce que j’envisage, c’est un genre de stationnement de centre d’achat qui serait disponible tous les samedis après-midi, où les parents et leurs enfants pourraient aller voir, comparer et éventuellement échanger leur famille s’ils pensent pouvoir faire mieux.
Quand j’ai mentionné l’idée à mon club de carte, elles étaient toutes tremblantes d’excitation. « J’ai toujours voulu échanger pour un enfant qui ramasserait les serviettes sur le plancher » dit Peg.
- J’en ai une comme ça, dit Dorothée. Mais elle bourre les drains. Si ça ne rentre pas dans le drain, elle enlève la grille et le pousse dedans.
- Ça ne sembla pas si pire, dit Evelyn. Je prendrais une bourreuse de drain plutôt qu’une maniaque de la douche n’importe quand. Elle vide un réservoir de quarante gallons trois fois par jour.
- Au moins elle est propre, dit June. J’échangerais un cheveux-longs qui est une espèce en voie de disparition. Un jour, il va se perdre dans ses cheveux et ne retrouvera jamais son chemin pour en sortir.
- ÉCOUTE, dit Peg. Je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser. J’offre mon jeteur de serviettes contre un garçon qui n’a jamais appris à utiliser le téléphone et j’ajoute un trois semaines de caleçons propres en plus.
- Je monte l’enchère, dis-je. J’échangerais un garçon tranquille qui n’est jamais en retard pour souper, qui se lève quand on l’appelle, qui s’assoit bien droit, qui vient juste de finir deux ans d’orthodontie, est raisonnablement facile à opérer et ne fait pas jouer sa musique trop fort. Aucune offre ne sera considérée ridicule. »
Tout le club a posé ses cartes sur la table et s’est penché en avant. Finalement, June a demandé : « C’est quoi le piège?
- Aucun piège. Il ne connaît que deux mots… « T’sé? » »
Chacune est repartie chez soi en gardant ce qu’elle avait et se sentant un peu mieux avec.
Quand est-ce qu’on cesse d’être parent?
Ça dépend de comment on voit nos enfants. Les voyez-vous comme un électroménager qui est sous garantie de performance et quand ils commencent à coûter de l’argent, on s’en débarrasse?
Sont-ils comme un fond de retraite dans lequel on investit pendant dix-huit ou vingt ans et qui nous rapporte des dividendes quand on vieillit?
Ou sont-ils comme un miroir doré qui reflète sons propriétaire dans chaque détail et qui un jour, quand on y voit un défaut, une distorsion ou une toute petite idée qui est différente de la nôtre, on le jette en disant qu’on a échoué.
J’ai dit à mon mari un soir : « Je vois nos enfants comme des cerfs-volants. Tu passes ta vie à essayer de leur faire quitte le sol. Tu cours avec jusqu’à ce que vous soyez tous les deux essoufflés… ils dégringolent… tu rajoutes une plus grande queue… ils atterrissent sur le toit… tu les extirpes de la gouttière… tu rafistoles et réconfortes, ajustes et enseignes. Tu les regardes être soulevés par le vent et tu leur assures qu’un jour ils voleront…Finalement, ils sont dans les airs; mais ils ont besoin de plus de corde et avec chaque tour de pelote, il y a une tristesse qui va avec la joie parce que le cerf-volant s’éloigne un peu plus et quelque part, tu sais que ce ne sera pas long avant que cette merveilleuse créature ne brise le cordon qui vous rattache et s’envole comme il a toujours été destiné à s’envoler – libre et seul.
- C’était très beau, dit mon mari. As-tu terminé?
- Je pense, oui. Pourquoi?
- Parce qu’un de tes cerfs-volants vient juste de s’écraser contre la porte du garage avec sa voiture… un autre est en train d’atterrir accompagné de trois planches de surf avec des amis attachés dessus et le troisième est accroché au collège et a besoin de plus de corde pour venir à la maison pour les Fêtes. »
D’une certaine façon, je blâme les experts pour le pétrin dans lequel les parents se trouvent de nos jours. Ils nous ont accablés d’une tonne de culpabilité, tant et si bien qu’on remet maintenant en question chaque chose qu’on fait.
J’ai lu la théorie d’un psychologue qui disait : « Ne jamais frapper un enfant sous le coup de la colère. » Quand est-ce que je peux le frapper alors? Quand il m’embrasse le jour de mon anniversaire? Quand il est en train de récupérer de la varicelle? Est-ce que je frappe pour lui faire lâcher la Bible des mains le dimanche?
Un autre expert a dit : « Faites attention à la façon dont vous discipliner vos enfants sinon vous pourriez marquer à vie leur ego. »
Marquer leur ego? Je ne savais même pas où il était. Pour autant que je sache, il vous rendait stérile ou causait les pellicules. Une fois, j’ai soupçonné savoir où il était et j’ai fait porter quatre couches à l’enfant, juste pour être sûre.
Et oubliez la fameuse théorie des « copains » qui marchait si bien pour nos parents. Mon fils s’est affalé dans la cuisine un soir, balançant ses livres sur le comptoir en disant : « Je viens juste d’avoir la pire journée de toute ma vie et c’est entièrement de ta faute.
- Comment t’en arrives à cette conclusion? demandai-je.
- Juste parce que tu m’as obligé à retourner dans ma chambre pour éteindre toutes les lumières avant que je ne parte pour l’école, j’ai manqué l’autobus. Ensuite, avec tous tes commentaires pour que je fasse le ménage de ma chambre, je n’ai pas réussi à trouver mon linge de sport et j’ai perdu quinze points en éducation physique.
- Le linge était plié dans ton tiroir du bas.
- Ouais, ben quel débile aurait pensé à regarder là?
- Tu marques un point.
- J’espère que t’es contente » marmonna-t-il « j’ai échoué en français.
- J’ai fait ça?
- Tout à fait. Je t’ai dit que j’avais un devoir dû pour aujourd’hui avant le dîner et tu m’as obligé à éteindre les lumières hier soir et t’as pas voulu que je le fasse.
- Il était 1h30 du matin.
- Laisse faire. C’est fait maintenant. As-tu eu un bon dîner? J’espère parce que moi, grâce à toi, je n’ai rien eu à manger.
- Et comment est-ce que ÇA c’est de ma faute?
-C’est toi qui n’a pas voulu m’avancer mon argent de poche de la semaine prochaine. Et encore une bonne nouvelle : tu sais la veste en suède que tu m’as donnée pour mon dernier anniversaire? Eh bien, je ne l’ai plus.
- Et c’est moi qu’il faut blâmer pour ça?
- Je suis content que tu l’admettes. Tout ce que j’entends ici c’est « Accroche ton manteau sur un cintre, n’oublie pas de pendre ton pyjama, pend ton chandail… » et LA fois où je fais ce que tu dis et que j’accroche ma veste au crochet dans la cafétéria, quelqu’un passe et la déchire. Si je l’avais juste laissée à terre à mes pieds comme d’habitude, j’aurais encore cette veste de suède aujourd’hui.
- Ça a été toute une journée.
- Et c’est pas fini, dit-il. Est-ce que tu n’as pas oublié quelque chose?
- Comme quoi? Demandai-je.
- Comme, est-ce que tu n’étais pas supposée me rappeler que j’avais une pratique de base-ball après l’école ?
- J’ai mis une note sur ton bureau.
- Et dans tout ce fouillis je suis sensé trouver une note! Ça te servirait de leçon si je me faisais renvoyer de l’équipe. Et ça se pourrait que je fasse juste ça. J’te jure, je parlais avec les gars et on se disait que les parents peuvent vraiment bousiller leurs enfants. »
J’ai souri. « On essaie. »
En analysant le problème du fait d’être parents et d’essayer de comprendre les enfants, il semble inévitable que ce pays en vienne à l’établissement d’un Parc d’Échange Parental.
Je n’ai jamais rencontré d’enfant qui n’avait pas l’impression qu’il était dénigré, harcelé et exploité et qu’il serait bien mieux avec Mme Jones comme mère car elle aime le désordre et mange à l’extérieur fréquemment.
D’un autre côté, je n’ai jamais rencontré un parent qui n’avait pas l’impression de ne pas être apprécié, d’être persécuté, asservi et qu’il serait bien mieux avec Rodney Phipps comme enfant car il ne parlait pas la bouche pleine et achetait un séchoir à cheveux à sa mère pour la Fête des Mères.
Ce que j’envisage, c’est un genre de stationnement de centre d’achat qui serait disponible tous les samedis après-midi, où les parents et leurs enfants pourraient aller voir, comparer et éventuellement échanger leur famille s’ils pensent pouvoir faire mieux.
Quand j’ai mentionné l’idée à mon club de carte, elles étaient toutes tremblantes d’excitation. « J’ai toujours voulu échanger pour un enfant qui ramasserait les serviettes sur le plancher » dit Peg.
- J’en ai une comme ça, dit Dorothée. Mais elle bourre les drains. Si ça ne rentre pas dans le drain, elle enlève la grille et le pousse dedans.
- Ça ne sembla pas si pire, dit Evelyn. Je prendrais une bourreuse de drain plutôt qu’une maniaque de la douche n’importe quand. Elle vide un réservoir de quarante gallons trois fois par jour.
- Au moins elle est propre, dit June. J’échangerais un cheveux-longs qui est une espèce en voie de disparition. Un jour, il va se perdre dans ses cheveux et ne retrouvera jamais son chemin pour en sortir.
- ÉCOUTE, dit Peg. Je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser. J’offre mon jeteur de serviettes contre un garçon qui n’a jamais appris à utiliser le téléphone et j’ajoute un trois semaines de caleçons propres en plus.
- Je monte l’enchère, dis-je. J’échangerais un garçon tranquille qui n’est jamais en retard pour souper, qui se lève quand on l’appelle, qui s’assoit bien droit, qui vient juste de finir deux ans d’orthodontie, est raisonnablement facile à opérer et ne fait pas jouer sa musique trop fort. Aucune offre ne sera considérée ridicule. »
Tout le club a posé ses cartes sur la table et s’est penché en avant. Finalement, June a demandé : « C’est quoi le piège?
- Aucun piège. Il ne connaît que deux mots… « T’sé? » »
Chacune est repartie chez soi en gardant ce qu’elle avait et se sentant un peu mieux avec.
Quand est-ce qu’on cesse d’être parent?
Ça dépend de comment on voit nos enfants. Les voyez-vous comme un électroménager qui est sous garantie de performance et quand ils commencent à coûter de l’argent, on s’en débarrasse?
Sont-ils comme un fond de retraite dans lequel on investit pendant dix-huit ou vingt ans et qui nous rapporte des dividendes quand on vieillit?
Ou sont-ils comme un miroir doré qui reflète sons propriétaire dans chaque détail et qui un jour, quand on y voit un défaut, une distorsion ou une toute petite idée qui est différente de la nôtre, on le jette en disant qu’on a échoué.
J’ai dit à mon mari un soir : « Je vois nos enfants comme des cerfs-volants. Tu passes ta vie à essayer de leur faire quitte le sol. Tu cours avec jusqu’à ce que vous soyez tous les deux essoufflés… ils dégringolent… tu rajoutes une plus grande queue… ils atterrissent sur le toit… tu les extirpes de la gouttière… tu rafistoles et réconfortes, ajustes et enseignes. Tu les regardes être soulevés par le vent et tu leur assures qu’un jour ils voleront…Finalement, ils sont dans les airs; mais ils ont besoin de plus de corde et avec chaque tour de pelote, il y a une tristesse qui va avec la joie parce que le cerf-volant s’éloigne un peu plus et quelque part, tu sais que ce ne sera pas long avant que cette merveilleuse créature ne brise le cordon qui vous rattache et s’envole comme il a toujours été destiné à s’envoler – libre et seul.
- C’était très beau, dit mon mari. As-tu terminé?
- Je pense, oui. Pourquoi?
- Parce qu’un de tes cerfs-volants vient juste de s’écraser contre la porte du garage avec sa voiture… un autre est en train d’atterrir accompagné de trois planches de surf avec des amis attachés dessus et le troisième est accroché au collège et a besoin de plus de corde pour venir à la maison pour les Fêtes. »
samedi 3 février 2007
Comment parler enfant couramment...
Cet extrait est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
Un soir à la table de cuisine, après avoir débarassé la vaisselle, mon fils s’est assis là en écrivant fièvreusement dans un cahier spirale.
« Qu’est-ce que tu écris? » demandai-je.
« Un devoir de français, » dit-il. « Sur les choses que ma mère m’a apprises. »
J’ai baissé les yeux en essayant d’avoir l’air humble. « Est-ce que ça te dérange si je le lis quand tu auras fini? » Il a secoué la tête. Une heure plus tard, je me suis installée pour lire ce qu’il avait écrit.
Choses que ma mère m’a apprises
LOGIQUE
Si tu tombes de vélo et que tu te casses le cou, tu ne pourras pas venir au magasin avec moi.
MÉDECINE
Si tu n’arrêtes pas de faire croiser tes yeux, ils vont geler comme ça. Il n’y a pas de médicament, pas de téléthon et pas de programme de recherche subventionné pour les yeux croches gelés.
PES (perception extra-sensorielle)
Mets ton chandail. Ne crois-tu pas que je le sais quand TU as froid?
FINANCE
Je t’ai dit que la fée des dents fait des chèques parce que la facturation par ordinateur est plus facile pour les impôts.
DÉFI
Où est ta sœur et ne parle pas la bouche pleine de nourriture. Réponds-moi!
BONHEUR
Tu vas t’amuser pendant ces vacances même s’il faut qu’on brise tous les os de ton corps.
HUMOUR
Quand la tondeuse t’auras coupé les orteils, ne viens pas me voir en courant.
Je ne comprendrai jamais les enfants. Je n’ai jamais prétendu le contraire. Je rencontre tout le temps des mères qui se font des résolutions. « Je vais développer ma patience avec mes enfants et faire des pieds et des mains pour leur montrer que je m’intéresse à eux et à ce qu’ils font. Je vais comprendre mes enfants. » Ces femmes-là finissent par faire des tapis de guenilles tressées avec des ciseaux émoussés.
Je crois fermement que les enfants ne veulent pas de notre compréhension. Ils veulent notre confiance, notre compassion, notre amour aveugle et nos clés de voiture. Essayez de les comprendre et vous êtes dans le trouble. Pour moi, ils demeurent un des grands mystères de la vie.
Je n’ai jamais compris, par exemple, comment un enfant peut grimper sur le toit, escalader l’antenne de télévision et sauver le chat… et pourtant être incapable de marcher dans le couloir sans devoir poser ses mains sales sur les murs des deux côtés pour maintenir son équilibre.
Ou comment un enfant peut manger de la neige jaune, embrasser le chien sur la bouche, mâcher de la gomme qu’il a trouvée dans le cendrier, boire en collant sa bouche au tuyay d’arrosage boueux… et refuser de boire dans le même verre que son frère vient d’utiliser.
Comment se fait-il qu’il peut se tenir avec un pied sur le premier but en s’étirant pour attraper du bout des doigts une balle de baseball au sol… et pourtant il ne parvient pas à rattraper un bout de savon avant qu’il ne fonde dans le drain du lavabo.
J’ai vu des enfants faire de la bicyclette, courir, jouer au ballon, monter une tente, se balancer, mener une guerre, nager et courser pendant huit heures… et avoir besoin qu’on les conduise jusqu’à la poubelle.
Ça me laisse perplexe comment un enfant peut voir une barre de chocolat à 3 kilomètres mais n’arrive pas à voir un tapis d’un mètre sur deux qui s’est raboulotté sous ses pieds et qu’il traîne à travers deux pièces. Peut-être savez-vous pourquoi un enfant peut rejeter un hot-dog avec moutarde servi sur petit pain moelleux à la maison et pourtant en avaler 6 deux heures plus tard à 50 sous chacun.
Vous êtes-vous jamais demandé comment on peut s’enfarger dans les souliers d’un enfant sous l’évier de la cuisine, dans la salle de bain, sur le balcon d’en-avant, sous la table à café du salon, dans le bac à sable, dans la voiture, dans le bac à linge sale et sur la laveuse… mains ils sont introuvables quand c’est le temps de couper le gazon?
Si on pouvait résumer le fait d’élever des enfants en un seul mot, ce serait « frustration ». vous pensez être sur la bonne piste et vous vous rendez compte que vous êtes toujours à la grille de départ. Ce n’est pas qu’on s’attend à recevoir des dividendes pour ce qu’on fait… juste un tout petit retour de temps en temps.
OK, prenez l’incident de la voiture. Ma plus vieille a amené sa voiture au garage pour des réparations la semaine dernière et elle a pris ma voiture en attendant que la sienne soit réparée.
Pendant trois jours, je suis restée clouée à la maison sans voiture (c’est comme de dire à Zsa Zsa Gabor qu’elle ne peut plus avoir de gâteau de mariage).
Le jour où elle a récupéré sa voiture, elle m’a rendu mes clés en disant « Hé, M’man! Tu me dois trois dollars pour l’essence que j’ai mise dans ta voiture. »
Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Cest mots étaient dits par une enfant dans laquelle j’avais versé huit cent quatre-vingt-sept dollars de vitamines. Payé cent cinquante-quatre dollars pour ses vieilles dents sous son oreiller. Englouti pour deux mille dollars de jouets (batteries non comprises). Payé la facture de cent quatre-vingt-six formules dermatologiques pour tuer un seul bouton. Envoyée au camp. Démantibulé l’évier de la cuisine pour retrouver sa bague de graduation perdue. Me suis rendue malade d’inquiétude quand elle a eu un « A » en sexualité humaine.
Puis, je me suis souvenue d’une lettre qu’une adolescente m’a écrite après avoir lu un de mes livres. Peut-être que ça la ferait réfléchir.
« Écoute ça » lui ai-je dit, lisant la lettre.
« Les parents passent leur vie, Madame Bombeck, à dire à leurs enfants « J’ai travaillé d’arrache-pied pour toi. J’ai fait des sacrifices et qu’est-ce que j’obtiens en retour? »
« Vous voulez une réponse, Madame Bombeck? Vous obtenez des chambres en désordre, du linge sale, des cheveux décoiffés, des ongles cassés, des réfrigérateurs vidés ad nauseam. Vous obtenez aussi autre chose. Vous obtenez quelqu’un qui vous aime mais ne prend jamais le temps de vous le dire. Vous obtenez quelqu’un qui prendra votre défense à tous les coups même si vous portez vraiment des bas orthopédiques et que vous écoutez du Pat Boone et que vous aimez changer de sous-vêtements tous les jours et que vous leur parlez en public.
« Oui, parfois vous parliez trop et parfois vous vous tourniez trop vite. Mais vous avez ri avec nous et pleuré avec nous et toutes les agonies, les non-communications, les frustrations, les peurs et les colères nous montraient que malgré notre besoin de liberté et d’indépendance et de faire notre propre chemin… vous étiez là.
« Et quand nous partirons de la maison, il y aura un petit tiraillement dans nos cœurs parce qu’on sait que vous nous manquerez ainsi que le foyer et tout ce que ça signifie. Mais ce qui nous manquera encore plus que tout, c’est le sentiment constant de savoir combien vous nous aimez. »
Ma fille a levé les yeux. Son regard était tout brillant. « Ça veut dire que je n’aurai pas les trois dollars? »
Un soir à la table de cuisine, après avoir débarassé la vaisselle, mon fils s’est assis là en écrivant fièvreusement dans un cahier spirale.
« Qu’est-ce que tu écris? » demandai-je.
« Un devoir de français, » dit-il. « Sur les choses que ma mère m’a apprises. »
J’ai baissé les yeux en essayant d’avoir l’air humble. « Est-ce que ça te dérange si je le lis quand tu auras fini? » Il a secoué la tête. Une heure plus tard, je me suis installée pour lire ce qu’il avait écrit.
Choses que ma mère m’a apprises
LOGIQUE
Si tu tombes de vélo et que tu te casses le cou, tu ne pourras pas venir au magasin avec moi.
MÉDECINE
Si tu n’arrêtes pas de faire croiser tes yeux, ils vont geler comme ça. Il n’y a pas de médicament, pas de téléthon et pas de programme de recherche subventionné pour les yeux croches gelés.
PES (perception extra-sensorielle)
Mets ton chandail. Ne crois-tu pas que je le sais quand TU as froid?
FINANCE
Je t’ai dit que la fée des dents fait des chèques parce que la facturation par ordinateur est plus facile pour les impôts.
DÉFI
Où est ta sœur et ne parle pas la bouche pleine de nourriture. Réponds-moi!
BONHEUR
Tu vas t’amuser pendant ces vacances même s’il faut qu’on brise tous les os de ton corps.
HUMOUR
Quand la tondeuse t’auras coupé les orteils, ne viens pas me voir en courant.
Je ne comprendrai jamais les enfants. Je n’ai jamais prétendu le contraire. Je rencontre tout le temps des mères qui se font des résolutions. « Je vais développer ma patience avec mes enfants et faire des pieds et des mains pour leur montrer que je m’intéresse à eux et à ce qu’ils font. Je vais comprendre mes enfants. » Ces femmes-là finissent par faire des tapis de guenilles tressées avec des ciseaux émoussés.
Je crois fermement que les enfants ne veulent pas de notre compréhension. Ils veulent notre confiance, notre compassion, notre amour aveugle et nos clés de voiture. Essayez de les comprendre et vous êtes dans le trouble. Pour moi, ils demeurent un des grands mystères de la vie.
Je n’ai jamais compris, par exemple, comment un enfant peut grimper sur le toit, escalader l’antenne de télévision et sauver le chat… et pourtant être incapable de marcher dans le couloir sans devoir poser ses mains sales sur les murs des deux côtés pour maintenir son équilibre.
Ou comment un enfant peut manger de la neige jaune, embrasser le chien sur la bouche, mâcher de la gomme qu’il a trouvée dans le cendrier, boire en collant sa bouche au tuyay d’arrosage boueux… et refuser de boire dans le même verre que son frère vient d’utiliser.
Comment se fait-il qu’il peut se tenir avec un pied sur le premier but en s’étirant pour attraper du bout des doigts une balle de baseball au sol… et pourtant il ne parvient pas à rattraper un bout de savon avant qu’il ne fonde dans le drain du lavabo.
J’ai vu des enfants faire de la bicyclette, courir, jouer au ballon, monter une tente, se balancer, mener une guerre, nager et courser pendant huit heures… et avoir besoin qu’on les conduise jusqu’à la poubelle.
Ça me laisse perplexe comment un enfant peut voir une barre de chocolat à 3 kilomètres mais n’arrive pas à voir un tapis d’un mètre sur deux qui s’est raboulotté sous ses pieds et qu’il traîne à travers deux pièces. Peut-être savez-vous pourquoi un enfant peut rejeter un hot-dog avec moutarde servi sur petit pain moelleux à la maison et pourtant en avaler 6 deux heures plus tard à 50 sous chacun.
Vous êtes-vous jamais demandé comment on peut s’enfarger dans les souliers d’un enfant sous l’évier de la cuisine, dans la salle de bain, sur le balcon d’en-avant, sous la table à café du salon, dans le bac à sable, dans la voiture, dans le bac à linge sale et sur la laveuse… mains ils sont introuvables quand c’est le temps de couper le gazon?
Si on pouvait résumer le fait d’élever des enfants en un seul mot, ce serait « frustration ». vous pensez être sur la bonne piste et vous vous rendez compte que vous êtes toujours à la grille de départ. Ce n’est pas qu’on s’attend à recevoir des dividendes pour ce qu’on fait… juste un tout petit retour de temps en temps.
OK, prenez l’incident de la voiture. Ma plus vieille a amené sa voiture au garage pour des réparations la semaine dernière et elle a pris ma voiture en attendant que la sienne soit réparée.
Pendant trois jours, je suis restée clouée à la maison sans voiture (c’est comme de dire à Zsa Zsa Gabor qu’elle ne peut plus avoir de gâteau de mariage).
Le jour où elle a récupéré sa voiture, elle m’a rendu mes clés en disant « Hé, M’man! Tu me dois trois dollars pour l’essence que j’ai mise dans ta voiture. »
Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Cest mots étaient dits par une enfant dans laquelle j’avais versé huit cent quatre-vingt-sept dollars de vitamines. Payé cent cinquante-quatre dollars pour ses vieilles dents sous son oreiller. Englouti pour deux mille dollars de jouets (batteries non comprises). Payé la facture de cent quatre-vingt-six formules dermatologiques pour tuer un seul bouton. Envoyée au camp. Démantibulé l’évier de la cuisine pour retrouver sa bague de graduation perdue. Me suis rendue malade d’inquiétude quand elle a eu un « A » en sexualité humaine.
Puis, je me suis souvenue d’une lettre qu’une adolescente m’a écrite après avoir lu un de mes livres. Peut-être que ça la ferait réfléchir.
« Écoute ça » lui ai-je dit, lisant la lettre.
« Les parents passent leur vie, Madame Bombeck, à dire à leurs enfants « J’ai travaillé d’arrache-pied pour toi. J’ai fait des sacrifices et qu’est-ce que j’obtiens en retour? »
« Vous voulez une réponse, Madame Bombeck? Vous obtenez des chambres en désordre, du linge sale, des cheveux décoiffés, des ongles cassés, des réfrigérateurs vidés ad nauseam. Vous obtenez aussi autre chose. Vous obtenez quelqu’un qui vous aime mais ne prend jamais le temps de vous le dire. Vous obtenez quelqu’un qui prendra votre défense à tous les coups même si vous portez vraiment des bas orthopédiques et que vous écoutez du Pat Boone et que vous aimez changer de sous-vêtements tous les jours et que vous leur parlez en public.
« Oui, parfois vous parliez trop et parfois vous vous tourniez trop vite. Mais vous avez ri avec nous et pleuré avec nous et toutes les agonies, les non-communications, les frustrations, les peurs et les colères nous montraient que malgré notre besoin de liberté et d’indépendance et de faire notre propre chemin… vous étiez là.
« Et quand nous partirons de la maison, il y aura un petit tiraillement dans nos cœurs parce qu’on sait que vous nous manquerez ainsi que le foyer et tout ce que ça signifie. Mais ce qui nous manquera encore plus que tout, c’est le sentiment constant de savoir combien vous nous aimez. »
Ma fille a levé les yeux. Son regard était tout brillant. « Ça veut dire que je n’aurai pas les trois dollars? »
lundi 15 janvier 2007
Le Syndrome du nid vide
Après une brève réflexion sur les dortoirs mixtes, cet extrait aborde le départ des enfants du nid familial. Tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
Il n’existe pas une mère vivante qui n’ait pas vécu la terreur et l’angoisse du « Syndrome du nid vide »
Ça a été long à démarrer. Premièrement, il a fallu faire lever l’enfant de son lit et le faire entrer dans un champ de travail.
Pour des enfants qui sont les plus éduqués, cultivés, informés du monde, leur attitude vis-à-vis le travail est incroyable. Mis à part le rameur sur une galère d’esclaves dont le capitaine veut faire du ski nautique, la personne la plus à plaindre sur la surface de la terre est l’adolescent qui vient juste d’obtenir son premier emploi à plein temps.
Personne ne souffre plus que lui ni n’est moins apprécié.
Mon fils se considère comme « un sacrifice humain sur l’autel de l’Église du Conformisme »Il avait bien quinze ans avant qu’on ne puisse employer le mot « emploi » devant lui. Ce terme lui donnait de l’urticaire et il préférait qu’on l’épelle. La manière dont il nous l’a expliqué, la veille de son mariage à un chèque de paie, « C’est un exercice de persécution collective, n’est-ce pas? Vous êtes tous passés par-là et maintenant, pour devenir adulte, il faut que je prouve que je peux supporter le supplice du 9-à-5, c’est ça? Ok, vous avez gagné. S’il faut que je prouve que je suis mature, je l’aurai le foutu e-m-p-l-o-i… eeemmmm… eeemmmppp… empppllloi! »
Peut-être que plusieurs d’entre vous connaissent mon fils… ou au moins en ont déjà entendu parler.
C’est le seul employé qui doit travailler toute la journée et ensuite rentrer à la maison et se nourrir.
C’est le seul adolescent dévoué d’Amérique du Nord qui travaille quand sa « gang » va faire du rafting sur la rivière un mercredi après-midi.
C’est la première personne qui ait jamais eu la moitié de son chèque de paie retenu pour des services qu’il n’a jamais demandés (impôts, assurance-maladie, pension de vieillesse, etc.). Comme il le dit : « Quelqu’un va en entendre parler. »
Il se tient isolé comme le seul travailleur à être dominé par un patron sénile (trente-cinq ans) qui s’adonne à de la torture professionnelle en insistant qu’il arrive à l’heure le matin et après le dîner.
Il est le seul employé à plein temps du pays qui n’ait pas gagné le respect de sa famille et de son entourage pour sa contribution au travail.
Samedi dernier, je lui ai tapé sur l’épaule : « Hé, Georges Vilain! Saute du lit. C’est déjà l’aube de midi. »
Mon fils s’est retourné. « Je ne peux pas croire que ça arrive à une personne qui travaille » dit-il. « Toute la semaine, je travaille cinq jours/semaine, huit heures par jour et qu’est-ce que j’ai en retour? »
« Tu as tous tes repas servis comme un pacha, le ménage dans ta chambre, ton linge lavé et repassé et une vieille servante de la famille… moi! »
Quelque chose me dit que j’aurai le premier enfant à prendre sa retraite trois ans avant qu’il n’ait quelque chose de quoi se retirer.
Une fois que l’emploi est atteint par contre, vous êtes pour la première fois de votre vie….. seule enfin. La structure familiale telle que vous la connaissiez ne sera plus jamais la même.
Vous êtes passée à travers les dents branlantes, les vélos volés, l’enseignement d’équipe, les lits à étages, les pratiques de sport, les G.I. Joe, les cours de conduite, les portefeuilles perdus, les devoirs du dimanche soir et les Doobie Brothers.
Arrivent le fauteuil à bascule et le téléphone… la scène du nid vide commence.
Alors que je marchais dans la chambre vide de mon fils, j’avais l’impression d’être dans un temple.
Tout était intact, comme il l’avait laissé. J’ai caressé le verre à sorbet avec pouding fossilisé sous son lit… passé mes doigts tendrement sur son tambour qui laissait échappé de l’huile sur le tapis… et pleuré doucement en esquivant les monticules de caleçons sales qui ne lui faisaient plus.
J’ai fait des plans pour conserver sa chambre comme un musée où j’irais me recueillir au plus chaud de la journée et où je ressasserais le passé.
Puis, un jour alors que je méditais, j’ai remarqué qu’il avait tout un mur avec rien dessus. J’ai donc déménagé l’orgue du couloir dans sa chambre. En remarquant que la lumière était bonne dans sa chambre, j’ai aussi découvert que si je déplaçais sa batterie et que je la rangeais, je pouvais mettre ma machine à coudre dans le coin ainsi qu’une table de coupe.
Comme on faisait ces changements, mon mari a remarqué qu’il y avait toute une garde-robe libre alors pourquoi ne pas y transférer son linge? En jetant cinq ans de magazines "Sports Illustrated" que mon fils avait gardés, on a trouvé de la place pour les décorations de Noël et les cartons de chèques cancellés.
De plus en plus, les membres de la famille ont commencé à visiter le « Temple ». C’est devenu un refuge pour l’équipement de camping, les tableaux en attente d’un cadre, un entrepôt pour les meubles de patio et les journaux à recycler.
L’étagère de trophées de tennis a laissé la place à une réserve de bouteilles d’eau de Javel pour un projet des femmes de l’église. La commode a été remplacée par mon vélo d’exercice et le lit a été sorti de la pièce pour faire de la place à une chaise berçante et une télé.
Naturellement, les murs étaient trop masculins pour la pièce alors on les a peints en jaune et on a recouvert la berçante en rose brillant et orange.
Juste avant Noël, quelqu’un a toqué à la porte. C’était notre fils qui venait à la maison pour une visite.
« Hé! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus » dit mon mari. « Ben dis donc. Combien de temps peux-tu rester? Merveilleux. On a encore le vieux divan-lit au sous-sol et tu peux y rester aussi longtemps que tu voudras. »
Ce matin, mon mari a dit : « Combien de temps ta parenté va rester? »
« Ma parenté! » j’ai répondu. « Je croyais que c’était LA TIENNE. »
Il n’existe pas une mère vivante qui n’ait pas vécu la terreur et l’angoisse du « Syndrome du nid vide »
Ça a été long à démarrer. Premièrement, il a fallu faire lever l’enfant de son lit et le faire entrer dans un champ de travail.
Pour des enfants qui sont les plus éduqués, cultivés, informés du monde, leur attitude vis-à-vis le travail est incroyable. Mis à part le rameur sur une galère d’esclaves dont le capitaine veut faire du ski nautique, la personne la plus à plaindre sur la surface de la terre est l’adolescent qui vient juste d’obtenir son premier emploi à plein temps.
Personne ne souffre plus que lui ni n’est moins apprécié.
Mon fils se considère comme « un sacrifice humain sur l’autel de l’Église du Conformisme »Il avait bien quinze ans avant qu’on ne puisse employer le mot « emploi » devant lui. Ce terme lui donnait de l’urticaire et il préférait qu’on l’épelle. La manière dont il nous l’a expliqué, la veille de son mariage à un chèque de paie, « C’est un exercice de persécution collective, n’est-ce pas? Vous êtes tous passés par-là et maintenant, pour devenir adulte, il faut que je prouve que je peux supporter le supplice du 9-à-5, c’est ça? Ok, vous avez gagné. S’il faut que je prouve que je suis mature, je l’aurai le foutu e-m-p-l-o-i… eeemmmm… eeemmmppp… empppllloi! »
Peut-être que plusieurs d’entre vous connaissent mon fils… ou au moins en ont déjà entendu parler.
C’est le seul employé qui doit travailler toute la journée et ensuite rentrer à la maison et se nourrir.
C’est le seul adolescent dévoué d’Amérique du Nord qui travaille quand sa « gang » va faire du rafting sur la rivière un mercredi après-midi.
C’est la première personne qui ait jamais eu la moitié de son chèque de paie retenu pour des services qu’il n’a jamais demandés (impôts, assurance-maladie, pension de vieillesse, etc.). Comme il le dit : « Quelqu’un va en entendre parler. »
Il se tient isolé comme le seul travailleur à être dominé par un patron sénile (trente-cinq ans) qui s’adonne à de la torture professionnelle en insistant qu’il arrive à l’heure le matin et après le dîner.
Il est le seul employé à plein temps du pays qui n’ait pas gagné le respect de sa famille et de son entourage pour sa contribution au travail.
Samedi dernier, je lui ai tapé sur l’épaule : « Hé, Georges Vilain! Saute du lit. C’est déjà l’aube de midi. »
Mon fils s’est retourné. « Je ne peux pas croire que ça arrive à une personne qui travaille » dit-il. « Toute la semaine, je travaille cinq jours/semaine, huit heures par jour et qu’est-ce que j’ai en retour? »
« Tu as tous tes repas servis comme un pacha, le ménage dans ta chambre, ton linge lavé et repassé et une vieille servante de la famille… moi! »
Quelque chose me dit que j’aurai le premier enfant à prendre sa retraite trois ans avant qu’il n’ait quelque chose de quoi se retirer.
Une fois que l’emploi est atteint par contre, vous êtes pour la première fois de votre vie….. seule enfin. La structure familiale telle que vous la connaissiez ne sera plus jamais la même.
Vous êtes passée à travers les dents branlantes, les vélos volés, l’enseignement d’équipe, les lits à étages, les pratiques de sport, les G.I. Joe, les cours de conduite, les portefeuilles perdus, les devoirs du dimanche soir et les Doobie Brothers.
Arrivent le fauteuil à bascule et le téléphone… la scène du nid vide commence.
Alors que je marchais dans la chambre vide de mon fils, j’avais l’impression d’être dans un temple.
Tout était intact, comme il l’avait laissé. J’ai caressé le verre à sorbet avec pouding fossilisé sous son lit… passé mes doigts tendrement sur son tambour qui laissait échappé de l’huile sur le tapis… et pleuré doucement en esquivant les monticules de caleçons sales qui ne lui faisaient plus.
J’ai fait des plans pour conserver sa chambre comme un musée où j’irais me recueillir au plus chaud de la journée et où je ressasserais le passé.
Puis, un jour alors que je méditais, j’ai remarqué qu’il avait tout un mur avec rien dessus. J’ai donc déménagé l’orgue du couloir dans sa chambre. En remarquant que la lumière était bonne dans sa chambre, j’ai aussi découvert que si je déplaçais sa batterie et que je la rangeais, je pouvais mettre ma machine à coudre dans le coin ainsi qu’une table de coupe.
Comme on faisait ces changements, mon mari a remarqué qu’il y avait toute une garde-robe libre alors pourquoi ne pas y transférer son linge? En jetant cinq ans de magazines "Sports Illustrated" que mon fils avait gardés, on a trouvé de la place pour les décorations de Noël et les cartons de chèques cancellés.
De plus en plus, les membres de la famille ont commencé à visiter le « Temple ». C’est devenu un refuge pour l’équipement de camping, les tableaux en attente d’un cadre, un entrepôt pour les meubles de patio et les journaux à recycler.
L’étagère de trophées de tennis a laissé la place à une réserve de bouteilles d’eau de Javel pour un projet des femmes de l’église. La commode a été remplacée par mon vélo d’exercice et le lit a été sorti de la pièce pour faire de la place à une chaise berçante et une télé.
Naturellement, les murs étaient trop masculins pour la pièce alors on les a peints en jaune et on a recouvert la berçante en rose brillant et orange.
Juste avant Noël, quelqu’un a toqué à la porte. C’était notre fils qui venait à la maison pour une visite.
« Hé! Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus » dit mon mari. « Ben dis donc. Combien de temps peux-tu rester? Merveilleux. On a encore le vieux divan-lit au sous-sol et tu peux y rester aussi longtemps que tu voudras. »
Ce matin, mon mari a dit : « Combien de temps ta parenté va rester? »
« Ma parenté! » j’ai répondu. « Je croyais que c’était LA TIENNE. »
Double personnalité… ou contradiction #2
Cet extrait suit directement celui sur le linge de sport alors que la mère poursuit ses réflexions sur les contradictions. Tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
La contradiction la plus flagrante est probablement celle qui existe entre la personnalité d’un enfant à la maison et celle qu’il a à l’école. Ceci est particulièrement illustré lors u banquet de la remise annuelle des honneurs en sport/athlétisme.
La prochaine fois que vous assisterez à l’une de ces cérémonies, observez les expressions sur les visages des parents alors que les exploits de leurs fils et de leurs filles sont révélés. C’est comme si on parlait de quelqu’un d’autre qui porterait le même nom que votre enfant.
Avec un effort de concentration intense, vous pouvez parfois réussir à lire les pensées des parents pendant que l’entraîneur fait ses louanges.
« Marc est probablement un des meilleurs coureurs que j’aie eu dans toute ma carrière ici à l’école Unetelle. Accrochez-vous bien à vos tuques. Marc a couru le 100 mètres en 9,9! »
(Ça doit être en 9 jours et 9 heures. Je lui ai demandé une fois de sortir les poubelles et elles sont restées devant l’évier jusqu’à ce qu’elles deviennent des appuie-livres.)
« Je ne sais pas ce que l’équipe de base-ball ferait sans Charlie. Nous avons eu des rassembleurs avant dans l’équipe, des gens qui savaient insuffler du pep dans l’équipe, mais Charlie est le plus enthousiasmant de tous. Il n’y a pas un moment où il n’est pas en train de dire quelque chose pour enflammer l’équipe. »
(Charlie me dit cinq mots par semaine « Quand vas-tu au magasin? »)
« Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas vraiment l’athlétisme, je veux expliquer ce qu’est le lancer du poids. C’est une boule de huit livres qui a été lancée sur cent pieds par un athlète exceptionnel ici à Unetelle… Wesley Whip. »
(C’est drôle. Wesley ressemble beaucoup au garçon qui livre le journal et qui n’arrive pas à lancer une édition du samedi de six onces de son vélo jusque sur mon balcon.)
« Wolf Man Gus sera dans les annales du football en tant qu’un des grands de tous les temps ici à Unetelle. Pendant la partie contre Centrale, Gus a compté le touchdown gagnant malgré un os fracturé à la cheville, une épaule disloquée et une fièvre de 102. »
(Alors comment ça se fait que Wolf Man Gus manque l’école pour rester à la maison chaque fois qu’il se fait nettoyer les dents au dentiste?)
« Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un dans tout l’état avec de meilleurs réflexes que notre incroyable dribbleur Tim Rim. Quand le Bon Dieu a distribué la coordination, Tim était le premier dans la file. »
(Tim a dix-sept ans et je ne peux toujours lui servir qu’un demi-verre de lait à la fois car c’est tout ce que je veux bien nettoyer.)
« Le tennis est un sport de gentilhomme. Cette année, le récipiendaire du Méritas de courtoisie sur un court n’est nul autre que notre incarnation de l’esprit sportif, Stevie Cool. »
(Il a certainement fait du chemin depuis qu’il a essayé de casser la figure à son frère la semaine dernière pour avoir pris un disque sans demander la permission.)
« L’équipe de natation n’aurait jamais tenu le coup cette année sans notre petit ramasseur de Paule Franswarth. Paul ramasse les serviettes mouillées sur le plancher, pend les costumes pour qu’ils sèchent, et est également responsable de ranger tout l’équipement à sa place. »
(Rentrons Ed, je me sens malade.)
La contradiction la plus flagrante est probablement celle qui existe entre la personnalité d’un enfant à la maison et celle qu’il a à l’école. Ceci est particulièrement illustré lors u banquet de la remise annuelle des honneurs en sport/athlétisme.
La prochaine fois que vous assisterez à l’une de ces cérémonies, observez les expressions sur les visages des parents alors que les exploits de leurs fils et de leurs filles sont révélés. C’est comme si on parlait de quelqu’un d’autre qui porterait le même nom que votre enfant.
Avec un effort de concentration intense, vous pouvez parfois réussir à lire les pensées des parents pendant que l’entraîneur fait ses louanges.
« Marc est probablement un des meilleurs coureurs que j’aie eu dans toute ma carrière ici à l’école Unetelle. Accrochez-vous bien à vos tuques. Marc a couru le 100 mètres en 9,9! »
(Ça doit être en 9 jours et 9 heures. Je lui ai demandé une fois de sortir les poubelles et elles sont restées devant l’évier jusqu’à ce qu’elles deviennent des appuie-livres.)
« Je ne sais pas ce que l’équipe de base-ball ferait sans Charlie. Nous avons eu des rassembleurs avant dans l’équipe, des gens qui savaient insuffler du pep dans l’équipe, mais Charlie est le plus enthousiasmant de tous. Il n’y a pas un moment où il n’est pas en train de dire quelque chose pour enflammer l’équipe. »
(Charlie me dit cinq mots par semaine « Quand vas-tu au magasin? »)
« Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas vraiment l’athlétisme, je veux expliquer ce qu’est le lancer du poids. C’est une boule de huit livres qui a été lancée sur cent pieds par un athlète exceptionnel ici à Unetelle… Wesley Whip. »
(C’est drôle. Wesley ressemble beaucoup au garçon qui livre le journal et qui n’arrive pas à lancer une édition du samedi de six onces de son vélo jusque sur mon balcon.)
« Wolf Man Gus sera dans les annales du football en tant qu’un des grands de tous les temps ici à Unetelle. Pendant la partie contre Centrale, Gus a compté le touchdown gagnant malgré un os fracturé à la cheville, une épaule disloquée et une fièvre de 102. »
(Alors comment ça se fait que Wolf Man Gus manque l’école pour rester à la maison chaque fois qu’il se fait nettoyer les dents au dentiste?)
« Je ne crois pas qu’il y ait quelqu’un dans tout l’état avec de meilleurs réflexes que notre incroyable dribbleur Tim Rim. Quand le Bon Dieu a distribué la coordination, Tim était le premier dans la file. »
(Tim a dix-sept ans et je ne peux toujours lui servir qu’un demi-verre de lait à la fois car c’est tout ce que je veux bien nettoyer.)
« Le tennis est un sport de gentilhomme. Cette année, le récipiendaire du Méritas de courtoisie sur un court n’est nul autre que notre incarnation de l’esprit sportif, Stevie Cool. »
(Il a certainement fait du chemin depuis qu’il a essayé de casser la figure à son frère la semaine dernière pour avoir pris un disque sans demander la permission.)
« L’équipe de natation n’aurait jamais tenu le coup cette année sans notre petit ramasseur de Paule Franswarth. Paul ramasse les serviettes mouillées sur le plancher, pend les costumes pour qu’ils sèchent, et est également responsable de ranger tout l’équipement à sa place. »
(Rentrons Ed, je me sens malade.)
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