Cet extrait (qui suit directement le précédent) est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979). J’avoue qu’il ma tiré quelques larmes et un bon rire.
D’une certaine façon, je blâme les experts pour le pétrin dans lequel les parents se trouvent de nos jours. Ils nous ont accablés d’une tonne de culpabilité, tant et si bien qu’on remet maintenant en question chaque chose qu’on fait.
J’ai lu la théorie d’un psychologue qui disait : « Ne jamais frapper un enfant sous le coup de la colère. » Quand est-ce que je peux le frapper alors? Quand il m’embrasse le jour de mon anniversaire? Quand il est en train de récupérer de la varicelle? Est-ce que je frappe pour lui faire lâcher la Bible des mains le dimanche?
Un autre expert a dit : « Faites attention à la façon dont vous discipliner vos enfants sinon vous pourriez marquer à vie leur ego. »
Marquer leur ego? Je ne savais même pas où il était. Pour autant que je sache, il vous rendait stérile ou causait les pellicules. Une fois, j’ai soupçonné savoir où il était et j’ai fait porter quatre couches à l’enfant, juste pour être sûre.
Et oubliez la fameuse théorie des « copains » qui marchait si bien pour nos parents. Mon fils s’est affalé dans la cuisine un soir, balançant ses livres sur le comptoir en disant : « Je viens juste d’avoir la pire journée de toute ma vie et c’est entièrement de ta faute.
- Comment t’en arrives à cette conclusion? demandai-je.
- Juste parce que tu m’as obligé à retourner dans ma chambre pour éteindre toutes les lumières avant que je ne parte pour l’école, j’ai manqué l’autobus. Ensuite, avec tous tes commentaires pour que je fasse le ménage de ma chambre, je n’ai pas réussi à trouver mon linge de sport et j’ai perdu quinze points en éducation physique.
- Le linge était plié dans ton tiroir du bas.
- Ouais, ben quel débile aurait pensé à regarder là?
- Tu marques un point.
- J’espère que t’es contente » marmonna-t-il « j’ai échoué en français.
- J’ai fait ça?
- Tout à fait. Je t’ai dit que j’avais un devoir dû pour aujourd’hui avant le dîner et tu m’as obligé à éteindre les lumières hier soir et t’as pas voulu que je le fasse.
- Il était 1h30 du matin.
- Laisse faire. C’est fait maintenant. As-tu eu un bon dîner? J’espère parce que moi, grâce à toi, je n’ai rien eu à manger.
- Et comment est-ce que ÇA c’est de ma faute?
-C’est toi qui n’a pas voulu m’avancer mon argent de poche de la semaine prochaine. Et encore une bonne nouvelle : tu sais la veste en suède que tu m’as donnée pour mon dernier anniversaire? Eh bien, je ne l’ai plus.
- Et c’est moi qu’il faut blâmer pour ça?
- Je suis content que tu l’admettes. Tout ce que j’entends ici c’est « Accroche ton manteau sur un cintre, n’oublie pas de pendre ton pyjama, pend ton chandail… » et LA fois où je fais ce que tu dis et que j’accroche ma veste au crochet dans la cafétéria, quelqu’un passe et la déchire. Si je l’avais juste laissée à terre à mes pieds comme d’habitude, j’aurais encore cette veste de suède aujourd’hui.
- Ça a été toute une journée.
- Et c’est pas fini, dit-il. Est-ce que tu n’as pas oublié quelque chose?
- Comme quoi? Demandai-je.
- Comme, est-ce que tu n’étais pas supposée me rappeler que j’avais une pratique de base-ball après l’école ?
- J’ai mis une note sur ton bureau.
- Et dans tout ce fouillis je suis sensé trouver une note! Ça te servirait de leçon si je me faisais renvoyer de l’équipe. Et ça se pourrait que je fasse juste ça. J’te jure, je parlais avec les gars et on se disait que les parents peuvent vraiment bousiller leurs enfants. »
J’ai souri. « On essaie. »
En analysant le problème du fait d’être parents et d’essayer de comprendre les enfants, il semble inévitable que ce pays en vienne à l’établissement d’un Parc d’Échange Parental.
Je n’ai jamais rencontré d’enfant qui n’avait pas l’impression qu’il était dénigré, harcelé et exploité et qu’il serait bien mieux avec Mme Jones comme mère car elle aime le désordre et mange à l’extérieur fréquemment.
D’un autre côté, je n’ai jamais rencontré un parent qui n’avait pas l’impression de ne pas être apprécié, d’être persécuté, asservi et qu’il serait bien mieux avec Rodney Phipps comme enfant car il ne parlait pas la bouche pleine et achetait un séchoir à cheveux à sa mère pour la Fête des Mères.
Ce que j’envisage, c’est un genre de stationnement de centre d’achat qui serait disponible tous les samedis après-midi, où les parents et leurs enfants pourraient aller voir, comparer et éventuellement échanger leur famille s’ils pensent pouvoir faire mieux.
Quand j’ai mentionné l’idée à mon club de carte, elles étaient toutes tremblantes d’excitation. « J’ai toujours voulu échanger pour un enfant qui ramasserait les serviettes sur le plancher » dit Peg.
- J’en ai une comme ça, dit Dorothée. Mais elle bourre les drains. Si ça ne rentre pas dans le drain, elle enlève la grille et le pousse dedans.
- Ça ne sembla pas si pire, dit Evelyn. Je prendrais une bourreuse de drain plutôt qu’une maniaque de la douche n’importe quand. Elle vide un réservoir de quarante gallons trois fois par jour.
- Au moins elle est propre, dit June. J’échangerais un cheveux-longs qui est une espèce en voie de disparition. Un jour, il va se perdre dans ses cheveux et ne retrouvera jamais son chemin pour en sortir.
- ÉCOUTE, dit Peg. Je vais te faire une offre que tu ne peux pas refuser. J’offre mon jeteur de serviettes contre un garçon qui n’a jamais appris à utiliser le téléphone et j’ajoute un trois semaines de caleçons propres en plus.
- Je monte l’enchère, dis-je. J’échangerais un garçon tranquille qui n’est jamais en retard pour souper, qui se lève quand on l’appelle, qui s’assoit bien droit, qui vient juste de finir deux ans d’orthodontie, est raisonnablement facile à opérer et ne fait pas jouer sa musique trop fort. Aucune offre ne sera considérée ridicule. »
Tout le club a posé ses cartes sur la table et s’est penché en avant. Finalement, June a demandé : « C’est quoi le piège?
- Aucun piège. Il ne connaît que deux mots… « T’sé? » »
Chacune est repartie chez soi en gardant ce qu’elle avait et se sentant un peu mieux avec.
Quand est-ce qu’on cesse d’être parent?
Ça dépend de comment on voit nos enfants. Les voyez-vous comme un électroménager qui est sous garantie de performance et quand ils commencent à coûter de l’argent, on s’en débarrasse?
Sont-ils comme un fond de retraite dans lequel on investit pendant dix-huit ou vingt ans et qui nous rapporte des dividendes quand on vieillit?
Ou sont-ils comme un miroir doré qui reflète sons propriétaire dans chaque détail et qui un jour, quand on y voit un défaut, une distorsion ou une toute petite idée qui est différente de la nôtre, on le jette en disant qu’on a échoué.
J’ai dit à mon mari un soir : « Je vois nos enfants comme des cerfs-volants. Tu passes ta vie à essayer de leur faire quitte le sol. Tu cours avec jusqu’à ce que vous soyez tous les deux essoufflés… ils dégringolent… tu rajoutes une plus grande queue… ils atterrissent sur le toit… tu les extirpes de la gouttière… tu rafistoles et réconfortes, ajustes et enseignes. Tu les regardes être soulevés par le vent et tu leur assures qu’un jour ils voleront…Finalement, ils sont dans les airs; mais ils ont besoin de plus de corde et avec chaque tour de pelote, il y a une tristesse qui va avec la joie parce que le cerf-volant s’éloigne un peu plus et quelque part, tu sais que ce ne sera pas long avant que cette merveilleuse créature ne brise le cordon qui vous rattache et s’envole comme il a toujours été destiné à s’envoler – libre et seul.
- C’était très beau, dit mon mari. As-tu terminé?
- Je pense, oui. Pourquoi?
- Parce qu’un de tes cerfs-volants vient juste de s’écraser contre la porte du garage avec sa voiture… un autre est en train d’atterrir accompagné de trois planches de surf avec des amis attachés dessus et le troisième est accroché au collège et a besoin de plus de corde pour venir à la maison pour les Fêtes. »
lundi 5 février 2007
samedi 3 février 2007
Comment parler enfant couramment...
Cet extrait est tiré de If life is a bowl of cherries – What am I doing in the pits? (Ballantine Books, June 1983; Fawcett Crest , April 1979).
Un soir à la table de cuisine, après avoir débarassé la vaisselle, mon fils s’est assis là en écrivant fièvreusement dans un cahier spirale.
« Qu’est-ce que tu écris? » demandai-je.
« Un devoir de français, » dit-il. « Sur les choses que ma mère m’a apprises. »
J’ai baissé les yeux en essayant d’avoir l’air humble. « Est-ce que ça te dérange si je le lis quand tu auras fini? » Il a secoué la tête. Une heure plus tard, je me suis installée pour lire ce qu’il avait écrit.
Choses que ma mère m’a apprises
LOGIQUE
Si tu tombes de vélo et que tu te casses le cou, tu ne pourras pas venir au magasin avec moi.
MÉDECINE
Si tu n’arrêtes pas de faire croiser tes yeux, ils vont geler comme ça. Il n’y a pas de médicament, pas de téléthon et pas de programme de recherche subventionné pour les yeux croches gelés.
PES (perception extra-sensorielle)
Mets ton chandail. Ne crois-tu pas que je le sais quand TU as froid?
FINANCE
Je t’ai dit que la fée des dents fait des chèques parce que la facturation par ordinateur est plus facile pour les impôts.
DÉFI
Où est ta sœur et ne parle pas la bouche pleine de nourriture. Réponds-moi!
BONHEUR
Tu vas t’amuser pendant ces vacances même s’il faut qu’on brise tous les os de ton corps.
HUMOUR
Quand la tondeuse t’auras coupé les orteils, ne viens pas me voir en courant.
Je ne comprendrai jamais les enfants. Je n’ai jamais prétendu le contraire. Je rencontre tout le temps des mères qui se font des résolutions. « Je vais développer ma patience avec mes enfants et faire des pieds et des mains pour leur montrer que je m’intéresse à eux et à ce qu’ils font. Je vais comprendre mes enfants. » Ces femmes-là finissent par faire des tapis de guenilles tressées avec des ciseaux émoussés.
Je crois fermement que les enfants ne veulent pas de notre compréhension. Ils veulent notre confiance, notre compassion, notre amour aveugle et nos clés de voiture. Essayez de les comprendre et vous êtes dans le trouble. Pour moi, ils demeurent un des grands mystères de la vie.
Je n’ai jamais compris, par exemple, comment un enfant peut grimper sur le toit, escalader l’antenne de télévision et sauver le chat… et pourtant être incapable de marcher dans le couloir sans devoir poser ses mains sales sur les murs des deux côtés pour maintenir son équilibre.
Ou comment un enfant peut manger de la neige jaune, embrasser le chien sur la bouche, mâcher de la gomme qu’il a trouvée dans le cendrier, boire en collant sa bouche au tuyay d’arrosage boueux… et refuser de boire dans le même verre que son frère vient d’utiliser.
Comment se fait-il qu’il peut se tenir avec un pied sur le premier but en s’étirant pour attraper du bout des doigts une balle de baseball au sol… et pourtant il ne parvient pas à rattraper un bout de savon avant qu’il ne fonde dans le drain du lavabo.
J’ai vu des enfants faire de la bicyclette, courir, jouer au ballon, monter une tente, se balancer, mener une guerre, nager et courser pendant huit heures… et avoir besoin qu’on les conduise jusqu’à la poubelle.
Ça me laisse perplexe comment un enfant peut voir une barre de chocolat à 3 kilomètres mais n’arrive pas à voir un tapis d’un mètre sur deux qui s’est raboulotté sous ses pieds et qu’il traîne à travers deux pièces. Peut-être savez-vous pourquoi un enfant peut rejeter un hot-dog avec moutarde servi sur petit pain moelleux à la maison et pourtant en avaler 6 deux heures plus tard à 50 sous chacun.
Vous êtes-vous jamais demandé comment on peut s’enfarger dans les souliers d’un enfant sous l’évier de la cuisine, dans la salle de bain, sur le balcon d’en-avant, sous la table à café du salon, dans le bac à sable, dans la voiture, dans le bac à linge sale et sur la laveuse… mains ils sont introuvables quand c’est le temps de couper le gazon?
Si on pouvait résumer le fait d’élever des enfants en un seul mot, ce serait « frustration ». vous pensez être sur la bonne piste et vous vous rendez compte que vous êtes toujours à la grille de départ. Ce n’est pas qu’on s’attend à recevoir des dividendes pour ce qu’on fait… juste un tout petit retour de temps en temps.
OK, prenez l’incident de la voiture. Ma plus vieille a amené sa voiture au garage pour des réparations la semaine dernière et elle a pris ma voiture en attendant que la sienne soit réparée.
Pendant trois jours, je suis restée clouée à la maison sans voiture (c’est comme de dire à Zsa Zsa Gabor qu’elle ne peut plus avoir de gâteau de mariage).
Le jour où elle a récupéré sa voiture, elle m’a rendu mes clés en disant « Hé, M’man! Tu me dois trois dollars pour l’essence que j’ai mise dans ta voiture. »
Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Cest mots étaient dits par une enfant dans laquelle j’avais versé huit cent quatre-vingt-sept dollars de vitamines. Payé cent cinquante-quatre dollars pour ses vieilles dents sous son oreiller. Englouti pour deux mille dollars de jouets (batteries non comprises). Payé la facture de cent quatre-vingt-six formules dermatologiques pour tuer un seul bouton. Envoyée au camp. Démantibulé l’évier de la cuisine pour retrouver sa bague de graduation perdue. Me suis rendue malade d’inquiétude quand elle a eu un « A » en sexualité humaine.
Puis, je me suis souvenue d’une lettre qu’une adolescente m’a écrite après avoir lu un de mes livres. Peut-être que ça la ferait réfléchir.
« Écoute ça » lui ai-je dit, lisant la lettre.
« Les parents passent leur vie, Madame Bombeck, à dire à leurs enfants « J’ai travaillé d’arrache-pied pour toi. J’ai fait des sacrifices et qu’est-ce que j’obtiens en retour? »
« Vous voulez une réponse, Madame Bombeck? Vous obtenez des chambres en désordre, du linge sale, des cheveux décoiffés, des ongles cassés, des réfrigérateurs vidés ad nauseam. Vous obtenez aussi autre chose. Vous obtenez quelqu’un qui vous aime mais ne prend jamais le temps de vous le dire. Vous obtenez quelqu’un qui prendra votre défense à tous les coups même si vous portez vraiment des bas orthopédiques et que vous écoutez du Pat Boone et que vous aimez changer de sous-vêtements tous les jours et que vous leur parlez en public.
« Oui, parfois vous parliez trop et parfois vous vous tourniez trop vite. Mais vous avez ri avec nous et pleuré avec nous et toutes les agonies, les non-communications, les frustrations, les peurs et les colères nous montraient que malgré notre besoin de liberté et d’indépendance et de faire notre propre chemin… vous étiez là.
« Et quand nous partirons de la maison, il y aura un petit tiraillement dans nos cœurs parce qu’on sait que vous nous manquerez ainsi que le foyer et tout ce que ça signifie. Mais ce qui nous manquera encore plus que tout, c’est le sentiment constant de savoir combien vous nous aimez. »
Ma fille a levé les yeux. Son regard était tout brillant. « Ça veut dire que je n’aurai pas les trois dollars? »
Un soir à la table de cuisine, après avoir débarassé la vaisselle, mon fils s’est assis là en écrivant fièvreusement dans un cahier spirale.
« Qu’est-ce que tu écris? » demandai-je.
« Un devoir de français, » dit-il. « Sur les choses que ma mère m’a apprises. »
J’ai baissé les yeux en essayant d’avoir l’air humble. « Est-ce que ça te dérange si je le lis quand tu auras fini? » Il a secoué la tête. Une heure plus tard, je me suis installée pour lire ce qu’il avait écrit.
Choses que ma mère m’a apprises
LOGIQUE
Si tu tombes de vélo et que tu te casses le cou, tu ne pourras pas venir au magasin avec moi.
MÉDECINE
Si tu n’arrêtes pas de faire croiser tes yeux, ils vont geler comme ça. Il n’y a pas de médicament, pas de téléthon et pas de programme de recherche subventionné pour les yeux croches gelés.
PES (perception extra-sensorielle)
Mets ton chandail. Ne crois-tu pas que je le sais quand TU as froid?
FINANCE
Je t’ai dit que la fée des dents fait des chèques parce que la facturation par ordinateur est plus facile pour les impôts.
DÉFI
Où est ta sœur et ne parle pas la bouche pleine de nourriture. Réponds-moi!
BONHEUR
Tu vas t’amuser pendant ces vacances même s’il faut qu’on brise tous les os de ton corps.
HUMOUR
Quand la tondeuse t’auras coupé les orteils, ne viens pas me voir en courant.
Je ne comprendrai jamais les enfants. Je n’ai jamais prétendu le contraire. Je rencontre tout le temps des mères qui se font des résolutions. « Je vais développer ma patience avec mes enfants et faire des pieds et des mains pour leur montrer que je m’intéresse à eux et à ce qu’ils font. Je vais comprendre mes enfants. » Ces femmes-là finissent par faire des tapis de guenilles tressées avec des ciseaux émoussés.
Je crois fermement que les enfants ne veulent pas de notre compréhension. Ils veulent notre confiance, notre compassion, notre amour aveugle et nos clés de voiture. Essayez de les comprendre et vous êtes dans le trouble. Pour moi, ils demeurent un des grands mystères de la vie.
Je n’ai jamais compris, par exemple, comment un enfant peut grimper sur le toit, escalader l’antenne de télévision et sauver le chat… et pourtant être incapable de marcher dans le couloir sans devoir poser ses mains sales sur les murs des deux côtés pour maintenir son équilibre.
Ou comment un enfant peut manger de la neige jaune, embrasser le chien sur la bouche, mâcher de la gomme qu’il a trouvée dans le cendrier, boire en collant sa bouche au tuyay d’arrosage boueux… et refuser de boire dans le même verre que son frère vient d’utiliser.
Comment se fait-il qu’il peut se tenir avec un pied sur le premier but en s’étirant pour attraper du bout des doigts une balle de baseball au sol… et pourtant il ne parvient pas à rattraper un bout de savon avant qu’il ne fonde dans le drain du lavabo.
J’ai vu des enfants faire de la bicyclette, courir, jouer au ballon, monter une tente, se balancer, mener une guerre, nager et courser pendant huit heures… et avoir besoin qu’on les conduise jusqu’à la poubelle.
Ça me laisse perplexe comment un enfant peut voir une barre de chocolat à 3 kilomètres mais n’arrive pas à voir un tapis d’un mètre sur deux qui s’est raboulotté sous ses pieds et qu’il traîne à travers deux pièces. Peut-être savez-vous pourquoi un enfant peut rejeter un hot-dog avec moutarde servi sur petit pain moelleux à la maison et pourtant en avaler 6 deux heures plus tard à 50 sous chacun.
Vous êtes-vous jamais demandé comment on peut s’enfarger dans les souliers d’un enfant sous l’évier de la cuisine, dans la salle de bain, sur le balcon d’en-avant, sous la table à café du salon, dans le bac à sable, dans la voiture, dans le bac à linge sale et sur la laveuse… mains ils sont introuvables quand c’est le temps de couper le gazon?
Si on pouvait résumer le fait d’élever des enfants en un seul mot, ce serait « frustration ». vous pensez être sur la bonne piste et vous vous rendez compte que vous êtes toujours à la grille de départ. Ce n’est pas qu’on s’attend à recevoir des dividendes pour ce qu’on fait… juste un tout petit retour de temps en temps.
OK, prenez l’incident de la voiture. Ma plus vieille a amené sa voiture au garage pour des réparations la semaine dernière et elle a pris ma voiture en attendant que la sienne soit réparée.
Pendant trois jours, je suis restée clouée à la maison sans voiture (c’est comme de dire à Zsa Zsa Gabor qu’elle ne peut plus avoir de gâteau de mariage).
Le jour où elle a récupéré sa voiture, elle m’a rendu mes clés en disant « Hé, M’man! Tu me dois trois dollars pour l’essence que j’ai mise dans ta voiture. »
Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Cest mots étaient dits par une enfant dans laquelle j’avais versé huit cent quatre-vingt-sept dollars de vitamines. Payé cent cinquante-quatre dollars pour ses vieilles dents sous son oreiller. Englouti pour deux mille dollars de jouets (batteries non comprises). Payé la facture de cent quatre-vingt-six formules dermatologiques pour tuer un seul bouton. Envoyée au camp. Démantibulé l’évier de la cuisine pour retrouver sa bague de graduation perdue. Me suis rendue malade d’inquiétude quand elle a eu un « A » en sexualité humaine.
Puis, je me suis souvenue d’une lettre qu’une adolescente m’a écrite après avoir lu un de mes livres. Peut-être que ça la ferait réfléchir.
« Écoute ça » lui ai-je dit, lisant la lettre.
« Les parents passent leur vie, Madame Bombeck, à dire à leurs enfants « J’ai travaillé d’arrache-pied pour toi. J’ai fait des sacrifices et qu’est-ce que j’obtiens en retour? »
« Vous voulez une réponse, Madame Bombeck? Vous obtenez des chambres en désordre, du linge sale, des cheveux décoiffés, des ongles cassés, des réfrigérateurs vidés ad nauseam. Vous obtenez aussi autre chose. Vous obtenez quelqu’un qui vous aime mais ne prend jamais le temps de vous le dire. Vous obtenez quelqu’un qui prendra votre défense à tous les coups même si vous portez vraiment des bas orthopédiques et que vous écoutez du Pat Boone et que vous aimez changer de sous-vêtements tous les jours et que vous leur parlez en public.
« Oui, parfois vous parliez trop et parfois vous vous tourniez trop vite. Mais vous avez ri avec nous et pleuré avec nous et toutes les agonies, les non-communications, les frustrations, les peurs et les colères nous montraient que malgré notre besoin de liberté et d’indépendance et de faire notre propre chemin… vous étiez là.
« Et quand nous partirons de la maison, il y aura un petit tiraillement dans nos cœurs parce qu’on sait que vous nous manquerez ainsi que le foyer et tout ce que ça signifie. Mais ce qui nous manquera encore plus que tout, c’est le sentiment constant de savoir combien vous nous aimez. »
Ma fille a levé les yeux. Son regard était tout brillant. « Ça veut dire que je n’aurai pas les trois dollars? »
S'abonner à :
Messages (Atom)